SCÈNE III
DORANTE, PHILÉMOND.
DORANTE
Voilà ce bel auteur de mes tristes soucis,
Que ma confession dût avoir adouci ;
Faut-il parler? je tremble, et, réduite à ce terme,
L'amour m'ouvre la bouche et la honte la ferme.
Que fait là Philémond ?
PHILÉMOND.
Depuis quelques momens le revois, attendant de vos commandemens.
DORANTE
Le sort qui rend tes jours sujets à ma puissance, Est, si j'en puis juger, moindre que ta naissance.
^3o : CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE,
Retenu, tempéré, beau , modeste , discret ,
Dont le front toutefois prouve un ennui secret ,
Tu ne témoignes rien de ces esprits serviles
A qui l'honneur prescrit des règles inutiles/
Qui sans distinction suivent brutalement
Ce que leur fait priser leur premier mouvement ;
Que pour le moindre objet un sale feu consomme ,
Qui n'ont rien de cotnmun avec un honnête homme «
Et dont le lâche cœur sous le vice abattu
N'eut jamais ni dessein , ni marque de vertu.
PHILÉMOND.
J'ignore par quel heur et par quelle aventure,
Je me suis rencontré de contraire nature.
Mais, sans faire le vain , mon destin est plus doux,
Et j'aime la vertu qu'ils désapprouvent tous;
L'aimant j'y puis faillir quelque effort que je fasse,
Et je puis l'observer d'une mauvaise grâce;
Mais je remporte au moins la satisfaction
De la faire paroître en ma condition ,
Et de pouvoir montrer qu'elle est assez traitable
Pour se plaire en un lieu qu'on en croit incapable.
Mais l'étroite vertu messied aux jeunes gens
Qui peuvent quelquefois, à soi-même indulgens.
Suivre quelques désirs où leur âge les porte ,
Incapables encor d'une vertu si forte.
On ne peut être vieux à l'âge de vingt ans.
Et le fruit pour durer doit mûrir en son temps.
PHIL^MOTîb.
Je forme ingénument , et loin de toute feinte , Des desseins innocens que je suis sans contrainte;