‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 166 sur 406 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

DORANTE, PHILÉMOND.

DORANTE

Voilà ce bel auteur de mes tristes soucis,

Que ma confession dût avoir adouci ;

Faut-il parler? je tremble, et, réduite à ce terme,

L'amour m'ouvre la bouche et la honte la ferme.

Que fait là Philémond ?

PHILÉMOND.

Depuis quelques momens le revois, attendant de vos commandemens.

DORANTE

Le sort qui rend tes jours sujets à ma puissance, Est, si j'en puis juger, moindre que ta naissance.

^3o : CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE,

Retenu, tempéré, beau , modeste , discret ,

Dont le front toutefois prouve un ennui secret ,

Tu ne témoignes rien de ces esprits serviles

A qui l'honneur prescrit des règles inutiles/

Qui sans distinction suivent brutalement

Ce que leur fait priser leur premier mouvement ;

Que pour le moindre objet un sale feu consomme ,

Qui n'ont rien de cotnmun avec un honnête homme «

Et dont le lâche cœur sous le vice abattu

N'eut jamais ni dessein , ni marque de vertu.

PHILÉMOND.

J'ignore par quel heur et par quelle aventure,

Je me suis rencontré de contraire nature.

Mais, sans faire le vain , mon destin est plus doux,

Et j'aime la vertu qu'ils désapprouvent tous;

L'aimant j'y puis faillir quelque effort que je fasse,

Et je puis l'observer d'une mauvaise grâce;

Mais je remporte au moins la satisfaction

De la faire paroître en ma condition ,

Et de pouvoir montrer qu'elle est assez traitable

Pour se plaire en un lieu qu'on en croit incapable.

Mais l'étroite vertu messied aux jeunes gens

Qui peuvent quelquefois, à soi-même indulgens.

Suivre quelques désirs où leur âge les porte ,

Incapables encor d'une vertu si forte.

On ne peut être vieux à l'âge de vingt ans.

Et le fruit pour durer doit mûrir en son temps.

PHIL^MOTîb.

Je forme ingénument , et loin de toute feinte , Des desseins innocens que je suis sans contrainte;

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