‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 193 sur 406 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ORANTE, FILÉMON.

FILÉMON.

Attendez-\ous ici Celui qui doit enfin borner votre souci , Qui vous est destiné pour charmeur de vos peines , Qui termine aujourd'hui vos amours et vos haines , /

Qui prépare à vos vœux de solides plaisirs , £tqui ne laisse plus balancer vos désirs? L'éloignement d'un jour peut-être vous offense, Mais il nie fit hier agréer cette absence Pour convier quelqu'un aux châteaux d'alentour , £t me dit que le soir il seroit de retour. Adieu , je vais chez lui ; préparez à ses flammes L'irrévocable mot qui doit joindre vos âmes.

CRANTE

Faites-moi prononcer l'arrêt de mon trépas;

Que j'ouvre mon tombeau, je n'y recule pas : ^

Mais que de mon dessein il ait part en ma couche,

Et qu'il tire jamais cet oui de ma bouche ,

h vous offenserois par ce consentement,

Et vous me blâmeriez d'aimer si lâchement.

Cette lettre en ce lieu vient de m'être donnée;

Vous verrez de sa main sa lâcheté signée ;

Et des objets si bas ayant pu l'enflammer,

Vous m'aimez trop, monsieur, pour me le faire aimer,

(Elle lui donne les lettres. )

FILÉMON , après avoir lu, Keux! quel instable sort traverse toutes choses! Que l'épine est souvent sous les plus belles roses!

Que tout est incertain , et que les plus contens Ont droit de se vanter quand ils le sont long-temps! Cette alliance acquise avec beaucoup de peine, Quand on n'en doute plus, devient plus incertsiine; Et c'est au dernier jour que j'ai plus à douter Ce que je dois des deux, la rompre ou rarrêter»

CRANTE

Connoissant son humeur à son sort inégale , \ Et qu'il m'a préférée une abjecte rivale,

Mon bien ou mon malheur est- il encor douteux?

Et m'affligerez-vous d'un hymen si honteux ?

Permettez c^s transports à mon courage extrême:

Ce que je tiens de vous me sert contre vous-même j

Et je m'accorderois avec votre rigueur,

Si vous m'aviez, monsieur, fait un plus lâche cœur.

En ce point seulement je parois votre fille ,

Que je ne peux noircir une illustre famille ,

Et que je n'ai jamais eu d'inclination

Qui ne fût honorable à ma condition.

FILÉMON.

Qu'il ait porté si bas ses vœux et ses caresses! Voyons s'il avoûra ces honteuses promesses : Mais laissez-moi le soin d'un secret important Que vous conduiriez mal en le précipitant. Je reviens de ce pas.

CRANTE , à part , en sortant.

Pour peu qu'il dissimule, Il obtiendra beaucoup sur cet esprit crédule.

FiLÉMON seul.

Dieux! les étranges soins dont je suis agité! Que me faut-il résoudre en cette extrémité?

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