‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 225 sur 406 · ACTE IV, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IX

Que lui pourrai-je dire? avec quelle assurance lui pourrai-je parter de votre indifférence ? Car elle attend de vous la fin de ses tourmens. Ociel! qui vois son cœur, punis-moi si je ments.

LYSIMANT.

Ce matin, toutefois, cette orgueilleuse amante Ke le témoignoit pas.

CÉLIRÉE.

Et vous croyez Orante?

Elle vous congédie alors qu'elle se plaint? Et voulant éprouver votre amitié, l'éteint? Vous avez peu d'amour ou peu d'expérience ; Ce vous est un grand mal qu'un peu de patience* Comment prouverez- vous votre fidélité.

Si d'un coup seulement vous êtes rebuté ? Pour être cru fidèle, est-ce assez qu'une dame Vous entende parler de soupirs et de flamme? Ces discours sont communs à tous les amoureux; Le plus indifférent est toujours malheureux : U plus sain , s'il dit vrai , sent un cruel martyre ; U plus libre est esclave, et le plus froid soupire. -•'apparence est douteuse, et ses signes parfaits ^une parfaite amour consistent aux effets. )rante est si blessée , et sa peine si vraie , Qu'elle a raison , monsieur , de sonder votre plaie , Et cherche justement, en cette élection, ^our beaucoup d'amitié beaucoup d'affection.

LYSIMAWT.

[demain je la verrai, parle-lui de ma peine; Ûis-lui qu'elle a douté d'une ardeur trop certaine ; Qu'il n'est tourment égal à ceux que j'ai soufferts, £t que mon seul respect avoit rompu mes fers.

Tu brûles pour Diane , insensible, barbare, Et ta passion cède à ton humeur avare ! Tu brûles pour Diane , et ton cœur abattu Met les biens en balance avecque sa vertu ! Non, ce que dit ta voix ton cœur le désavoue; Le ciel a dans ton corps mis une âme de boue , Une âme inaccessible aux belles passions , Et qui n'a point d'objet que les possessions. Vois mon visage , ingrat, je suis cette Diane , Cette abjecte inconnue et vile paysanne , Celte simple bergère , et celle toi^tefois En qui tu n'aurois fait qu'un raisonnable choix , Dont la condition jadis étoit commune, ^ Mais dont les qualités rélevoient la fortune. • > L'or n'est pas seul aimable, et sous ces vêtemens La vertu quelquefois s'est acquis des amans. Enfin, un changement à ma fortune arrive Qui me fait posséder l'objet qui te captive; L'aveugle déité qui préside aux humains Ouvre enfin dessus moi ses libérales mains ^ J'ai de quoi t'acquérir et de quoi m'en défendre : Elle qui se donnoit est en pouvoir de prendre.

LYSIMANT.

Dieux! je vois Diane.

DIANE

Oui, c'est elle que tes yeux Ont bien eu le pouvoir d'attirer en ces lieux. Celle qui meurt d'amour pour une âme traîtresse, Celle qui s'est réduite à servir ta maîtresse y^ Qui perd sa liberté, .rend son honneur suspect, Et^ pour suivre un ingrat dépouille tout respect.

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