‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 267 sur 406 · ACTE m, SCÈNE IL 38j · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE IL 38j

lamais tant de manie en leur cerveau n'habite ; De même que leurs pieds , leur passion va vite. Four moi 9 je tiens pour fou qui prend tant de souci, Qni pense bien aimer, et n'aime pas ainsi. Qu'à son gré cependant se comporte mon maître ; Dussé-je mille fois ouïr le nom de traître, Fallût-il éprouver combien pèse sa main , Mon œil cède au sommeil, je lui résiste en vain.

(11 s'endort.)

CLORTMAND^ comme en colère.

Ak! voilà m'affliger d'une trop longue attente , Ma déesse , il faut donc que la mort me contente ; Je le devois prévoir, que sous de faux attraits Vous attiriez un cœur que vous tueriez après.

Qui te fait outrager une amour sans seconde ?

Et que vois- tu sur quoi ce vain discours se fonde ?

Tavoir sollicité sans t'avoir reconnu ,

A.voir devant tes yeux mis mon esprit tout nu,

te jurer une ardeur que rien ne peut éteindre,

Est-ce là, Clorimand, un sujet de te plaindre?

Où prendrai-je , mon cœur, de quoi te donner plus?

>i c'ej^ là t'afïlîger, que feroit un refus?

Vlais^^je ye te veux plus laisser de défiance;

^'accorde encore un point à ton impatience;

[)emain , quand le soleil aura fini son tour,

fe veux t'accompagner en ces lieux d'alentour,

Pourvu qu'également l'autre nuit soit obscure.

Est-ce là te montrer une amour assez pure?

Vlais je crains qu'on m'entende autant que le trépas ;

Sipproche un peu plus près, et discourons plus bas.

Je laisse plus long-temps vivre qui m'a t#ldii? ■ L'offense est trop sensible à mon âme irritée, Et, ne la vengeant pas, je Taurois méritée.

(Il va vers la feoétre Vépée à la main»)

LA BEiNE, à Clorimandy en se retirant.

Adieu, séparons-nous sur ce serment nouveau. Que je veux épouser ou vous , ou le tombeau*

CLORiMAND, allant h Adraste.

Cléonte, parlez-moi d'une âme plus ouverte:

Est-ce que votre haine a résolu ma perte?

Et quand vous me juriez une immuable foi, .

Etoit-ce de m'ôter les jours que je vous doi?

Aspirez-vous, Cléonte, aux faveurs d'Isabelle?

En me privant du jour vous me priverez d'elle,

Si ce divin objet ne me chérit assez

Pour suivre ma chère ombre entre les trépassé^ ;

Mais ayant seulement de l'amour pour la reine.

Elle seule vivant sur vos jours souveraine ,

Que votre cœur n'a-t-il des sentimens plus sains,

Et pourquoi venez-vous traverser mes desseins?

Jugez un peu des maux où votre humeur m'expose.

Qu'en l'art de bien aimer vous savez peu de chose!

Vous vous en acquittez de mauvaise façon.

Si vous n'en savez pas la première leçon:

Les cœurs les moins versés en cette .belle étude

Ont appris que l'amour cherche la solitude ;

Qu'il se plaît dans un bois, dans l'antre d'un rocher;

Tant ce honteux enfant aime de se cacher.

Pourquoi ce petit dieu se bande-t-il la vue?

Croyez-vous cette humeur de raison dépourvue?

Cléonte, c'est l'humeur du véritable amant:

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