SCÈNE III
ÉRIMAND,/ièf^ de CUonice, LA NOURRICE,
CLÉONIGE.
^RIMAND.
Ciel! si j'osois forcer ton respect qui me lie, L'ingrat auroit la mort pour fruit de sa folie. Ce jour seroit le pire et le dernier des siens. Quoi, refuser le bras à de si beaux liens? Stupide , à qui le sort offre avec des provinces Un trésor amoureux que je refuse aux princes. Sa prison te déplaît : ah ! ces lâches efforts Te font indigne aussi de celle de ton corps; Il faut , si tu te vois les sentimens si sombres , Si tu hais le soleil , t'envoyer chez les ombres. Ma fille, unique espoir de mon âge penchant, Hélas! que ta lumière est proche du couchant! Dieux! contre ces assauts ma constance est sans alrmes , En vain je Topposois à ce torrent de larmes. Veille à la rendre saine et soigne à ses amours , En conservant sa vie on conserve mes jours.
PERSIDE, ALIASTE.
PER8IDE, seule^
Espoirs , que vous m'offrez une foible assistance ! Mon cœur ne peut changer et n'a point de constance;
Et, quoicjue la raison condamne mes regrets,
Je trouble le silence aux lieux les plus secrets :
Quelque foible sujet qui me porte à me plaindre ,
La même fermeté se laisseroit atteindre.
Soit qu'un triste penser représente à mes sens
Les lieux où j'ai permis des baisers innocens;
Soit qu'un sort malheureux remette en ma mémoire
Les \œux dont mon désir honoroit sa victoire ;
Et cet heureux moment que l'amour fit nos cœurs,
Par un miracle étrange , et vaincus et vainqueurs ;
Ou soit que mon malheur ait mes mains approchées
Des choses qu'autrefois ses beaux doigts ont touchées.
Un tourment qu'on pourroit à peine concevoir,
Force mes tristes yeux à pleurer leur pouvoir.
Que vous sert, vains appas, en cette nuit profonde,
D'avoir été vainqueurs des plus. beaux yeux du monde?
( Aiiaste son parent la surprend.)
Ma gloire me produit seulement des ennuis.
Mes feux rien que des pleurs , et mon soleil des nuits.
ALIASTE.
Enfin vous soupirez avec trop de licence ; J'éprouve comme vous les rigueurs d'une absente ; J'ai l'espoir assailli , mais il ne cède pas. Son absence vous tue , et que peut son trépas ?
PERSIDE
Son trépas ! mille fois dans les enfers me rendre , Si mille fois les dieux permettoient d'y descendre , Et faire détester à mes mânes errans Soleil , terre , destins , et nature , et parens.
ALIASTE.
Le temps, quoi qu'on estime