‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 286 sur 406 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

(la nuit.) ISABELLE seule^ à saporte.

Enfin nous approchons de cette heureuse nuit;

Le monde se retire, on n'entend plus de bruit;

Et le soleil , suivant ses routes ordinaires ,

Cède notre hémisphère aux moindres lupninaires.

Que ce bel étranger est long-temps «i venir !

Que de tristes pensers viennent m'entretenir!

Aviez-vous donc, mes soins, pour ce soir réservée

La fleur que vous avez si long-temps conservée?

Ce que vingt ans entiers ont fait mûrir de fruit,

Sera-t-il seulement la moisson d'une nuit?

Mais qui n'aimeroit pas ce vainqueur de mon âme?

Comment le peut-on voir' sans être tout de fibimme?

La reine , se fiant sur ma fidélité ,

Avoit mal reconnu ce que peut sa beauté ;

Se jouant de l'Amour par cette confidence ,

Ce dieu devoit-il pas punir son imprudence?

Il la punit aussi, Clorimand est à moi.

Et ce soir même hymen nous unit sous sa loi.

Qu'Adraste maintenant cherche ailleurs sa fortune,

Son amour désormais me seroit importune ;

Il m'a par son humeur procuré cet époux ,

Je l'aime seulement d'avoir été jaloux.

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