SCÈNE V
(la nuit.) ISABELLE seule^ à saporte.
Enfin nous approchons de cette heureuse nuit;
Le monde se retire, on n'entend plus de bruit;
Et le soleil , suivant ses routes ordinaires ,
Cède notre hémisphère aux moindres lupninaires.
Que ce bel étranger est long-temps «i venir !
Que de tristes pensers viennent m'entretenir!
Aviez-vous donc, mes soins, pour ce soir réservée
La fleur que vous avez si long-temps conservée?
Ce que vingt ans entiers ont fait mûrir de fruit,
Sera-t-il seulement la moisson d'une nuit?
Mais qui n'aimeroit pas ce vainqueur de mon âme?
Comment le peut-on voir' sans être tout de fibimme?
La reine , se fiant sur ma fidélité ,
Avoit mal reconnu ce que peut sa beauté ;
Se jouant de l'Amour par cette confidence ,
Ce dieu devoit-il pas punir son imprudence?
Il la punit aussi, Clorimand est à moi.
Et ce soir même hymen nous unit sous sa loi.
Qu'Adraste maintenant cherche ailleurs sa fortune,
Son amour désormais me seroit importune ;
Il m'a par son humeur procuré cet époux ,
Je l'aime seulement d'avoir été jaloux.