ACTE III, SCÈNE IV
Se mettre à mes genoux et me baiser les doigts. Mais, foibles entretiens, mémoire injurieuse! Pour mon mal seulement je suis ingénieuse. Que je me plains à tort ! et que le mal est dû A qui fait vanité du bien qu'il a perdu , Qui le vante, et qui croit le posséder encore. Cher parent, que surtout je chéris et j'honore , A qui la confiance a mes feux découverts, A qui tous mes secrets de tout temps sont ouverts : Tu sais, cher confident, le dessein qui t'amène. Qu'un oracle entendu nous peut tirer de peine , Que Célinde connaît où doit finir le cours De nos affections et celui de nos jours : Je dusse avoir déjà consulté sa science; Pour tant de passion , j'ai trop de patience.
ALIASTE.
Espérez de son art un solide repos.
(Cëliade deyineresse vient sur le théâtre. )
Mais comme le destin nous la montre à propos , Qui marche à pas égaux , triste , grave , pensive.
PERSIJDE.
• Que le sort nous chérit ; mais que je suis craintive ! Toi, de qui la science étonne l'univers, Qui prédis aux amans tant de succès divers , Et de qui les secrets, que tant de monde implore. Nous font voir clairement ce qui n'est pas encore : Si l'amour quelquefois eut pour toi des attraits. Et si jamais ton coeur fut sensible à ses traits ; Si tu connais combien l'absence est rigoureuse Dans le timide esprit d'une fille amoureuse ,
Oblige d'un mot seul mon désir innocent:
Quel époux? Mais, bons dieux! ce propos indécent
CÉLIÎTDE.
Laissons ces vains respects aux âmes moins sensées , Et m'ouvrez librement vos plus chères pensées. Ce visage a des traits et des proportions Qui me parlent déjà de vos affections : Si dans ces belles mains je vois certaines lignes , Mon art trop assuré ne veut plus d'autres signes ; Sus votre esprit, de crainte et d'amour agité, Dût avoir découvert sa curiosité.
PERSIDE
Pourquoi m'obligez- vous de rougir et de dire Ce qu'un œil si divin vient clairement de lire? Mais c'est trop différer ; déclarez qui le sort A daigné destiner pour mon époux.
Un mort.
PERSIDE
Qui m'a , cruel destin , suscité ta colère ? Ai -je pour tant de maux un si mauvais salaire? • Las! daignez alléger ou parfaire mon deuil : Où doit ce triste hymen nous joindre?
CÉLINDE.
En un cercueil.
PERSIDE
Donc vous avez, destins, en ce fatal voyage, Proposé de couper le beau fil de son âge ? Donc , ciel injuste , ciel auteur de mon amour , Corinthe est l'occident où doit finir mon jour ? Ainsi mes tristes yeux