ACTE III, SCÈNE IL
Je mangerai son cœur , et je boirai son sang; Et, lorsque des pays de ce lâche monarque J'aurai £ût un désert sans nom et sans remarque , Quand on aura pavé tous les chemins de corps, Qu'on nommera ces lieux la province des morts. Mes bras seront lassés , ma douleur soulagée , < Taurai puni le traître , et je serai vengée. Hais je n'attends, Paris, ce bonheur que de toi, Que je ferai dans peu mon époux et mon roi.
PARIS
n n'est si glorieux en la céleste bande Qui ne fît vanité d'une faveur si grande , Et je n'ai point en moi les rares qualités Qui méritent le bien que vous me souhaitez. Je ne puis concevoir une faveur pareille , Sans que mon jugement démente mon oreille; £t, songeant seulement à votre intention. Je crois représenter la fable d'Ixion.
ARGANT, h part.
Quelle humeur frénétique égale sa folie? Ce malheur nous provient de cette Rosélie. Dieux! est-il insensible à ce rare bonheur? Comme j'ai plus d'esprit, que n'ai-je autant d'honneur!
Paris, exerce ailleurs cette bouche éloquente; Tu n'as pas à fléchir une orgueilleuse amante ;x Je te crois sans pareil entre les plus parfaits: Que tu le sois ou non, c'est assez, tu me plais.
PARIS
Le peu que j'ai de bon , je le veux reconnaître Seulement pour louer vos sentimens de l'être; Tome I. 3o
Mais combien verriez-vous de princes disposés A recevoir Thonneur que vous me proposez, Qui, propres de nature au fait d'une' couronne , Méritent mieux que moi ce que le sort me donne!
LA BEIWE.
Mais je veux par mon choix t'élever à ce point.
PARIS
Madame, j'obéis et ne réplique point.
ARGAWT, h part.
Vraiment c'est faire un coup de grande obéissance, Qu'accepter en ces lieux une entière puissance; Je ne demanderois que d'obéir ainsi :
Ce point-là suffiroit à borner mon souci.
PARIS
Après cette faveur qui n'a point de seconde, Je ferai des jaloux dfe tous les rois du monde; Cet espoir seulement rend tous mes vœux contens: Mais il faut différer ce bonheur pour un temps; Je dois revoir mon prince avant ce mariage; Je lui dois le récit de cet heureux voyage. ^ Jugez des trahisons qu'il pourroit concevoir, Si je ne m'acquittois de ce dernier devoir.
Pour un sujet pareil jamais on ne recule;
Le titre de loyal est ici ridicule.
Et tu ne dusses plus regarder de cet œil.
Un roi de qui ton bras doit creuser le cercueil.
Cohnois-tu bien le temps, la femme et la fortune?
Sais-tu la qualité qui leur est si commune?
Ne prenant aux cheveux ces objets inçonstans.
Possible perdras-tu fortune , femme et tenips.
(Elle sort en colère.)