ACTE IV, SCÈNE IL
Ne lui témoigne pas ua esprit si charmant, £t fais lui dès Tabord un mauvais compliment; Tâche à ne pas montrer une humeur si polie, Feins de tenir beaucoup de la mélancolie ; Emploie à sembler fou ta sagesse et ton soin, C'est être sage, Ogier, qu'être fol au besoin; lAais que tu feras mal une semblable feinte , £t que ton naturel souffrira de contrainte !
OGIER
Oh! je n*en doute plus, je vois trop clairement
Qu'il me tient ces propos contre son sentiment.
ISe craignez point , monsieur; cette louange est vaine ,
Je sais faire le fol avecque peu de peine ;
Il ne faut point beaucoup contraindre mon esprit.
Car c'est une leçon que nature m'apprit.
ALCAHDRE.
Si contre mon rival tu m'obtiens la victoire. Je tiendrai toute chose au-dessous de ta gloire. Et verrai par mépris toute l'antiquité , Quelque, si sage esprit qu'elle nous ait vanté. Fais si bien, cher Ogier, qu'elle nous congédie; C'est de toi que dépend toute la comédie.
( Ljsimant vient. )
Mais voici Lysiniant. J'attendois ton retour; Eh bien, que dit la reine? irons-nous à la cour?
LYSIMANT.
Elle témoigne d'être à vos vœux: favorable, Et recevoir de vous un bien incomparable; On vous attend, monsieur, avecque passion: Elle a fait préparer votre réception.
OGiER, à Ljrsimant.
As-tu perdu le sens dedans cette province ? Ne me connois-tu pas en ces habits de prince? Adresse-moi ta voix, sans me regarder tant: C'est moi qui suis Alcandre, et que la reine attend. Que la gloire est occulte en ce siècle où nous sommes! Ce maraud prend pour moi l'un de mes gentilshommes: Je dois à son offense un supplice infini ; Mais étant ignorant il est assez puni.
ALGANDRE.
Tu vois d'un œil surpris ce changement de choses: N'accuse que l'Amour de ces métamorphoses. .
OGIER
Nous ennuyons la reine, allons voir ses appasi Qu'on ne discoure plus, et qu'on suive mes pas.