ACTE IV, SCÈNE IV
Quand je m^offrois pour femme à son ambassadeur! Qu*il a su mal juger de cet honneur insigne , Et que le refusant il en parut indigne!
LE CONSEILLER
Madame , on suit Tinstinct qu'on a reçu des cieux : Lui seul rend notre sort ou vil ou glorieux. Quand un mortel est né pour régir un empire, Son inclination vers cet objet aspire; D viole souvent pour suivre ses desseins Et les humaines lois, et les' droits les plus saints; D'autres souhaitent peu ces grandeurs souveraines; ]lar ils ne sont pas nés pour en tenir les rênes ^ Is ne sont point touchés de cette ambition, Jn médiocre sort borne leur passion, fiais ce grand prince arrive : agréable journée ! )e toi dépend tout l'heur de notre destinée.
jA reine, le conseiller, florinée,
OGIER,ALC\NDRE, LYSIMANT, suite.
ociER, ai^ec emphase.
jrloire de l'univers, miracle de ces lieux, Jui mérites un rang entre les demi-dieux ; )ivin objet des cœurs, adorable homicide, 4us sage que Nestor , plus vaillante qu' Alcide , rout cède à votre bras, et jamais les mortels !ïe dressèrent aux dieux de si dignes autels.
e demeure muette , et ne le puis entendre ;
V qui dois-je pçirler? qui de vous est Alcandre?
48o L'HEUREUSE CONSTANCE,
OGIER. ,.-
• Il
Que les rares vertus éblouissent les sens! * '- ■
Elle ressent l'effet de mes charmes puissans; Ses yeux 6ont éblouis : mais tirez-moi de peine , A qui dois-je parler? qui de vous est la reine?
LA REIKE.
Les gens que vous voyez dépendent de ma loi.
OGlER.
Et ceux-ci n'ont point vu d'^autre Alcandre que moi. La fatigue et les soins en un si long voyage , «Ont peut-être amaigri mon corps et mon visage; Je suis d'un naturel qui s'altère aisément , Mais je reprends aussi Tcfmbonpoint promptèment; Le vermeil revient tôt, comme tôt il s'efïace; Un repas me rendra la moitié de ma grâce. Puis-je me déclarer à votre majesté, Et dire que j'ai faim, sans incivilité? La fatigue des champs m'a presque ôté Thaleine: Du vin me plairoit fort. Excusez, grande reine.
' FLORINÉE.
Amant le plus plaisant qui respire le jour! La soif le presse plus que ne fait son amour.
Commandez là-dedans qu'on serve son altesse.
OGIER
Entrons, obligez-moi : dieux, que la faim me presse!
LE CONSEILLER
Il lui faut préparer de l'avoine et du foin; C'est de quoi ses pareils ont le plus dé besoin.