ACTE IV, SCENE VL
PARIS
Je suis bien délivré d'une croyance telle,
Le roi vous promettant une amour immortelle.
II est vrai qu'autrefois, ne vous pouvant toucher,
Je m'étonnois qu'Amour fût si mauvais archer;
Je croyois justement vous blâmer d'injustice,
Quand je vous faisois seul des offres de service :
Mais depuis que le roi s'est chargé de vos fers ,
Qu'à l'autel oii je prie il a ses vœux offerts,
Je suis réduit au point de souffrir sans me plaindre;
Sa seule qualité m'oblige à me contraindre.
Mon esprit, toutefois, ne se peut dégager,
J'ai pour vous une amour que je ne puis changer;
Et je ne veux pour prix de ma persévérance ,
Que la gloire d'aimer sans aucune espérance ,
D'avoir été vaincu de vos divins attraits.
Et de faire admirer le pouvoir de leurs traits.
ROSÉLIE.
Combien que je vous plaigne en cette ardeur si forte , Vous m'obligez pourtant de vivre de la sorte; £t pour me témoigner que vous m'aimez ainsi, IMonsieur, laissez-moi seule entretenir ici.
(n sort.)
ARGÂNT, s^en allant.
O des sots amoureux l'agréable modèle!
lie voilà bien payé d'une amour si fidèle.
ROSÉLiE seule.
-Ah! que ne peux-tu voir, cher objet de mes vœux^ Avec quelles froideurs je me ris de leurs feux ! tju'ici tu recevrois une preuve assurée
486 L'HEUREUSE CGNSTAWCE,
De l'étroite amitié que nous avons jurée!
Tu verrois que le roi.... mais que veut celui-ci?
( Le page entre, j
LE PAGE , lui donnant la lettre.
Vous le saurez, madame, et qui m'envoie ici; Consultez ce papier.
&OSÉLIE lu la lettre.
Contenu de la lettre.
« N'aimez plu$ un ingrat, divine Rosélie, yi Qui ne sauroit briser la chaîne qui le lie; » Un qui n-est plus à vous, un qui n'est ptos à soi, » Qui cueille des pfaisirs en la couche d^une autre,
2) Et qui tienne une loi » Plus forte que la vôtre.
» Le ciel s'est offensé qu'un monarque soupire, » Il veut que vos baisers allègent son martyre; » Mon exemple a déjà dégagé votre foi , » Et la nécessité qui me donne à la reine,
» Elle vous donne au roi ;
» Mettez fin à sa peine.
» Alcandre. »
Il devoit bien chérir des charmes si puissans; Adieu, témoignez-lui l'aise que j'en ressens.
( Le page sort. )
O le siècle divin que le siècle où nous sonimes! O la rare vertu que la vertu des hommes! Que je dois de louanges à sa fidélité; Qu'elle a paru puissante en la nécessité !
( Elle dëch ire la lettre ) ''
Papier, qu'il a noirci de sa main, l'infidèle. Où j'apprends de mes maux la funeste nouvelle,