SCÈNE l
ERGASTE, ORAZIE.
£RGAST£.
Madame , en quel état vous verrons-nous réduite,
Si dans peu votre époux ne change de conduite?
On murmuré partout de ses débordemens ,
On rit de sa folie, et l'on plaint vos tourmens;
Il acquiert tous les jours de nouvelles maîtresses,
Il achète leur vue et leurs moindres caresses;
Une telle manie a ses sens occupé,
Qu'il aura dans un an tous vos biens dissipé.
Divertisse le ciel semblable prophétie!
Mais j'en dirois beaucoup sans nommer qu'Erotie,
Qui, sans rien accorder à ce cœur dissolu,
A sur lui toutefois un empire absolu;
Et le désir qu'il a de vaincre cette belle
Fait que sa libre humeur prodigue tout pour elle.
Encore à ce matin , j'ai vu cet inconstant
Lui donner ce poinçon que vous chérissiez tant.
Que chacun estimoit, et de qui la parure
A j ou toit tant de grâce à votre chevelure.
Je sais bien qu'elle est sourde à ses vaines amours,
Qu'elle rit de ses vœux, mais elle prend toujours.
• ACTE m, SCÈNE V. 549
ORAZIE.
Hélas! tu m'avertis d'un malheur sans remède , Il est devenu tel qu'il faut que tout lui cède; Cest un arbre ployé qu'on ne peut redresser. / J'en ai plus de douleur que tu ne peux penser; Mais dans ce déplaisir dont mon âme est atteinte, Je n'ai pour tout recours qu'une inutile plainte. J'ai bien vu ce matin, quand j'ai pris mes habits^ Qu'il avoit détourné le poinçon que tu dis, Et je l'entendois là; mais, sitôt qu'il m'a vue^ Il a pressé le pas et détourné la vue.
ERGASTE
Le voici qui revient.
ORAZIE.
O ciel ! 6 justes dieux !
Que n'of&ez-vous plutôt un serpent à mes yeux!