‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 374 sur 406 · SCÈNE l · texte numérisé non relu

SCÈNE l

ERGASTE, ORAZIE.

£RGAST£.

Madame , en quel état vous verrons-nous réduite,

Si dans peu votre époux ne change de conduite?

On murmuré partout de ses débordemens ,

On rit de sa folie, et l'on plaint vos tourmens;

Il acquiert tous les jours de nouvelles maîtresses,

Il achète leur vue et leurs moindres caresses;

Une telle manie a ses sens occupé,

Qu'il aura dans un an tous vos biens dissipé.

Divertisse le ciel semblable prophétie!

Mais j'en dirois beaucoup sans nommer qu'Erotie,

Qui, sans rien accorder à ce cœur dissolu,

A sur lui toutefois un empire absolu;

Et le désir qu'il a de vaincre cette belle

Fait que sa libre humeur prodigue tout pour elle.

Encore à ce matin , j'ai vu cet inconstant

Lui donner ce poinçon que vous chérissiez tant.

Que chacun estimoit, et de qui la parure

A j ou toit tant de grâce à votre chevelure.

Je sais bien qu'elle est sourde à ses vaines amours,

Qu'elle rit de ses vœux, mais elle prend toujours.

• ACTE m, SCÈNE V. 549

ORAZIE.

Hélas! tu m'avertis d'un malheur sans remède , Il est devenu tel qu'il faut que tout lui cède; Cest un arbre ployé qu'on ne peut redresser. / J'en ai plus de douleur que tu ne peux penser; Mais dans ce déplaisir dont mon âme est atteinte, Je n'ai pour tout recours qu'une inutile plainte. J'ai bien vu ce matin, quand j'ai pris mes habits^ Qu'il avoit détourné le poinçon que tu dis, Et je l'entendois là; mais, sitôt qu'il m'a vue^ Il a pressé le pas et détourné la vue.

ERGASTE

Le voici qui revient.

ORAZIE.

O ciel ! 6 justes dieux !

Que n'of&ez-vous plutôt un serpent à mes yeux!

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