‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 383 sur 406 · ACTE IV, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IL

Lies preuves d'amitié sont de puissans appa^; Et qui n'est point aime , sans doute n'aime pas.

ORAZIE.

Que me profitera d'user de repartie?

Mon avocat m'accuse, et défend ma partie.

LE VIEIL.LARB.

En quoi reconnois-tu ses mauvais traitemens? Ne t'accorde-t-il pas d'honnêtes vêtemens? En as-tu , dans ce lieu ^ vu quelqu'une qui porte Un habit plus sortable à celles de ta sorte? Vis-tu d'une façon qu'il n'autorise pas? Et te reproche-t-il tes jeux ou tes repas ? Te manque-t-il de gens pour soulager ta peine? Ne te fournit-il pas du chanvre, de la laine? Sur quoi t'a-t-il fâchée? et qu'as-tu demandé , Que, s'il a dû le faire, il ne t'ait accordé?

ORJtZIE.

O dieux ! les vains discours dont vous flattez son vice ! Il ne me donne rien qu'après il ne ravisse; Ce que j'ai le matin, le soir il le promet; Il paye de mon bien les affronts qu'il me fait. Ce poinçon lui gagnoit une de ses maîtresses; Voyez si j'ai raison de blâmer ses largesses , Et détester le nœud dont nous somimes unis, Puisqu'il me fait souffrir des affronts infinis.

LE VIEILLARD

Mon fils, ce nœud sacré qui joint vos destinées. Vous doit faire autrement employer vos années ; Et la nécessité d'être unis à jamais Doit établir chez vous le respect et la paix ; Son bien vous touche plus que l'intérêt d'une autre;

Quand vous le dissipez , vous dissipez le vôtre : Vous relevez d'hymen , dont les sacrés arrêts , Comme ils joignent vos corps, joignent vos intérêts*

M^NEGUME Sosicle.

Qui que tu sois , vieillard , je te jure , et j'atteste Les divers habitans de la voûte céleste....

LE VIEILLARD

De quoi?

MÉITECHHE Sosicle.

Que ta folie est sans comparaison, Et qu'un étrange effort a troublé ta raison.

LE VIEILLARD

A quoi le jugez-vous?

HiifECHME Sosicle.

Dieux ! quelle extravagance !

Et que dois-je répondre au propos qu'il m'avance ?

LE VIEILLAllD.

Cessez de me tenir ces mots injurieux, Ou je saurai calmer votre esprit furieux; N'irritez pas l'humeur où la votre me porte ; Rendez-moi ce poinçon , et vivez d'autre sorte.

Comme ce bon vieillard a les sens hébétés !

L'âge traîne après soi ces incommodités;

Son corps s'affoiblissant , son esprit fait de même,

Et je dois pardonner à sa folie extrême.

Que voulez-vous de moi? Que j'expire à vos yeux

Si je connus jamais personne de ces lieux.

S'il m'arriva jamais d'entrer en cette porte ,

Et $i je vous ai pris ce poinçon que je porte!

Page 1