SCÈNE VI
LES MÊMES, MÉNECHME Sosicle, ÉROTIE.
MÉNECHME Sosicle, àÉrotie.
Tes innocens attraits m'ont fait ressusciter. Et je vais remourir au point de te quitter. Adieu, mais perds, mon tout, la créance obstinée Que rien pût divertir notre heureux hyménée ; Derechef je renonce au bien de la clarté. Si jamais sous ce joug mon cœur fut arrêté.
ORAZIE.
Ah! s'il étoit ainsi, que je vivrois contente. Et qu'un rigoureux sort veut que je te démente!
Ton cœur ne fut jamais sous ce joug arrête? Que te suis-je donc, traître? en quelle qualité? La loi qui nous assemble, est-ce une loi profane? Ai-je part en ton lit comme ta courtisane? N'ai-je point tort, lascif, de me vanter de plus Que d'avoir assouvi tes désirs dissolus? Tous mes contentemens, ont-ils été des crimes ? N'ai-je reçu jamais de baisers légitimes? Es-tu pour ces raisons possesseur de mon bien? Tu trembles, tu pâlis, tu ne me réponds rien?
MJÉITECHME Sosiclc.
Bons dieux! combien je hais cette femme importune! Quoi, nous sommes unis sous une loi commune? Hyménée autrefois a mon serment reçu?
Serois-je marié sans m'en être aperçu?
Ton esprit est blessé d'ime étrange manie ; Je ne te connois point, j'entre en Épidamnie. Ce matin qu'elle m'a ce discours avancé , Ses cris m'ont obligé de paroître insensé; Je l'ai fait éloigner par cette heureuse feinte , Et voilà qu'elle vient recommencer sa plainte; Quelle autre invention doit être mon recours? Rentrons, exemptez-moi d'entendre ses discours.
ÊROTIE.
Quoi, vous niez, monsieur, le nœud qui vous assemble ^ Depuis six ans entiers que vous êtes ensemble ? Je ne puis que juger de cette intention.
ORAZIE. ^
Madame, elle provient de votre affection; Cette méconnoissance à vos yeux est trop nue; S'il ne me connoît plus, c'est qu'il vous a connue.