SCÈNE IV
0RONTE,/?èA« de Perside; CLARINDE, mère de
Perside,
ORONTE
A la voir tous les jours pensive et retirée.
Ses yeux à demi clos, sa couleur altérée,
le juge, conférant le présent au passé,
Que son esprit n'est pas comme son front glacé;
Et que, lorsqu'on la croit oisive et solitaire ,
C'est lorsqu'elle est moins seule , et qu'elle a plus d'affaire.
L'amour est absolu dessus ces jeunes cœurs,
Et, comme en notre temps, il a des traits vainqueurs.
CLARiirnE.
Pour moi sachant qu'amour l'a mise en cette sorte , A tout autre accident je fermerais la porte ; Ses beautés sont un fruit qui n'a que trop mûri. Et qui mérite bien les baisers d'un mari.
ORONTE
Je vis depuis long-temps en pareille croyance; On ne saurait faillir par trop de prévoyance : ToMÉ I. 5
Une fille est bien faible en ces rudes* combats , £t souvent la plus ferme a mis les armes bas. Qu'on la fasse descendre. Et pourtant sa faiblesse N'a jamais suscité de soupçon qui me blesse; Elle est assez discrète en ses contentemens, Et la même vertu règle ses mouvemens.
(Alias te paroît sous les habits de Perside.)
Elle vient; je la vois. Ma fille, on trouve étrange Que cette belle humeur d'heure en heure se change; Quel modeste respect tient votre œil abattu? Etre si vertueux souvent n'est pas vertu.
(La mère reconnaît que ce n^est. pas sa fille , et Aliaste lui fait
signe que c'est un jeu.) '
Rien n'est bon qu'en son temps, il faut que le visage Réponde aux mouvemens de l'esprit et de l'âge; On est aise au printemps de voir que tout e^t vert^ On aime les glaçons et la neige en hiver; Chacun chérit l'espoir qu'un bel été nous donne, Et les fruits semblent doux seulement en automne : Qu'un ordre si parfait vous serve de leçons. Et ne faites point voir au printemps des glaçons.
CLARINDÈ. ,
Ah! dieux, qui vit jamais tel sujet de risée? Comme ce vêtement a sa vue abusée!
ALIASTE.
J'aurais tort de détruire un ordre souverain; Mais le ciel au printemps n'est pas toujours serein; Et, selon que ses feux font ou défont les nues. Nous voyons leurs beautés ou couvertes ou niles.
OllONTE.
Dites-nous quel sujet altère ces attraits , Nous pourrons à loisir philosopher après.