ACTE V, SCENE IL
J'aborde tout le inonde , et mes soins innocens Veillent à M>ulager la peine des passans ; Quelquefois, assisté de deux ou trois des nôtres , Nous déchargeons les uns, nous époudrons les autres; Et ceux dont la sueur a les membres mouillés, Ne sortent de nos mains jamais que dépouillés. Le désir d'exercer un si pieux ofBce Souvent nous fait user de force et d'artifice ; Et, simple que je suis , j'oblige des ingrats , Qui voudroient dès Tabord échapper de mes bras.
( 11 fouille daDS \ts poches du page. )
Ce collier est plus propre aux filles qu'à des pages; Ces liens sont honteux à de nobles courages ; Ces joyaux sentent trop leurs voleurs fugitifs , Et ces chaînes, il faut les laisser aux captifs. Ta chaleur nous feroit de trop justes reproches, Si nous avions laissé le soleil dans tes poches; Or, je me tiens heureux de t'avoir fait plaisir; Adieu , nous te laissons délasser à loisir.
DEUXIJ'.ME VOLEUR.
Non, non, ce vêtement est bien à mon usage, Joint qu'il me semble un peu trop riche pour un page ; Couvre-toi d'un habit plus simple à ton retour, Et dis que j'ai dessein de réformer la cour.
LE PAGE
Ciel! témoin de mon crime, auteur de ma misère, Ta rougeur parle assez de ta juste colère. Mais qui te fait, cruel, différer mon trépas? Tu sais qu'il est un foudre, et tu n'en uses pas?
PREMIER VOLEUR
Qu'il a, nu comme il est, baisé des courtisanes! Qu'en ce point i\ sera fatal aux paysannes ;
Qu'elles prodigueront d'honnêtes complimens, Pour s'acquérir l'honneur de ses embrassemens!
LE PAct seul\ lié à un arbre.
Lions, ours, déchirez cette vivante proie;
Que mon sang répandu ce lâche cœur nettoie ;
Ce cœur à qui le prix, des joyaux présentés ,
Fait suivre les conseils de mes sens enchantés.
Dieux! laissez -vous en paix cette âme criminelle?
Livrez à la traîtresse une guerre éternelle.
Pour éteindre mes jours allumez des bûchers;
Pour me désanimer animez des rochers;
Troublez les élémens, et lancez de la nue
Vos foudres punisseurs dessus ma tête nue.
Ah ! si votre vengeance a bien eu le pouvoir
De ne me rien laisser , non pas même l'espoir^
Un point vous reste encore à la rendre assouvie;
Vous m'aurez tout ôté si vous m'ôtez la vie.
Lions plus innocens, et moins ingrats que moi,
A qui nature inspire une secrète loi
De rendre les bienfaits, de révérer vos maîtres,
Souffrez-vous que je vive? épargnez -vous les traîtres?.
Lâches, vous me laissez trop long-temps en ce poiiit;
Avez-vous du respect pour ceux qui n'en ont point?