‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 2)Chapitre 5 sur 406 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

La contrainte m'oblige à vous parler en termes Qui pourroient émouvoir les âmes les plus fermes , Si jamais ici bas on a vu la pitié Favoriser Tardeur d'une sainte amitié.

PERSIDE

A-t«on cru que nos cœurs se donnent la licence De faire des souhaits qui choquent Tinnocence? Nous peut-on reprocher qu'en nos plus doux plaisirs La même honnêteté n'ait réglé nos désirs? Reprend-on mon honneur de trop de confiance? C'est trop laisser la crainte avec l'impatience.

CLORIDAN

L'innocence avoûroit à vos chastes beautés Qu'elle a vu sans rougir toutes nos privautés, Qu'elle trouve en nos cœurs la vertu toute nue , Et que pour tant d'amour j'ai trop de retenue. Aussi, dans le sujet de cette afQiction, Rien n'offense l'éclat de notre passion, .^

Et je crois qu'une ardeur si saintement conçue Ne peut sentir l'effort d'une mauvaise issue : Mais on oppose encore à ce contentement, Dieux! puis- je proférer le mot d'éloignement?

PERSIDE

Ah, dieux! toujours portés aux desseins de nos peines,

Que vous êtes jaloux des voluptés humaines !

Qu'on prise vos faveurs avec peu de raison,

Et^que vous y mêlez d'absinthe et de poison!

Mais qu'ils trouvent , hélas ! mes plaintes importunes ,

Ai-je pas dû prévoir de telles infortunes.

Et que, joignant nos cœurs par des liens si forts,

Us avoient résolu de séparer nos corps?

lo L'HYPOCONDRIAQUE,

CLOniDAW.

Modérez ces transports; des tourmens si sensible» Sont des sujets de gloire à nos feux invincibles : La cour ne peut dresser d'embûche à mon devoir , Qui vous ôte les droits d'un souverain pouvoir. Si jamais un courage usa de résistance Contre les doux assauts qui choquent la ccHistance ; Et , si Ta terre encore a quelques habitans Qui puissent triompher de la force du temps; Je veux que mon amour propose à la mémoire Un exemple éternel de respect et de gloire; Et qu'aux siècles futurs les plus heureux amans, Jaloux de mes honneurs , souhaitent mes tourmens^

Hélas! si j'espérois qu'une entière licence Succédât aux rigueurs d'une si longue absence; Que le ciel, qui nous voit des mouvemens si saints. Consenm à l'effet de nos chastes desseins; Qu'hymen dut assembler nos chaînes mutuelles , Je ne sentirois point d'atteintes si cruelles ; Vos désirs me feroient agréer mon malheur , Me laissant un espoir plus fort que ma douleur» Mais que cette union m'est encore incertaine , Que d'appréhensions se joignent à ma peine ! Maintenant quç le sort nous a pu traverser, Que ma crainte prévoit d'obstacles à forcer !

ÇLORIDAN.

Que la terre et le ciel, ennemis de nos flammes. Unissent leurs efforts pour désunir nos âmes; Perside, en cet adieu, mon dessein déclaré.

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