SCÈNE IV
LEANDRE seul^ tenant Vanneau enchante.
Anneau plus précieux par ton enchantement , Que par le prix de l'or, ni par ce diamant, Si ta vertu me donne un succès favorable , Que tu vaux de trésors, que tu m'es adorable! Ma mémoire à jamais me parlera de toi , Si tù m'obliges tant que de Tôter au roi : Yoilà sa même bague, au moins en apparence, Et son œil n'en sauroit faire la différence : Pouvant à son lever supposer celle-ci , le vois heureusement mon dessein réussi , Et le sens qu'il perdra m'acquiert un diadème, Et les chastes faveurs de la beauté que j'aime. Mais, dieux! comme à propos j'arrive à son lever, Et justement au point qi^'il est prêt à laver.
FABRICE
O combien j'aime en vous cette noble coutume I Sire, tout de ce |)as j'apporte ici la plume : Car nous ne voyons plus, panni vos financiers , La candeur qui parut dessous vos devanciers : Et je n'obtiendrai d'eux ni faveur, ni finance. Si votre majesté n'en signe l'ordonnance.
' LE ROI
Il est vrai qu'ils ont tort , si Fabrice a raison :
Filène, cependant, courez à la prison,
Que là ces deux captifs sûrement on conserve.
Qu'on explique leurs pas, que leurs yeux on observe^
Qu'on n'y laisse aborder ni parens, ni valets,
Et faites amener Liliane au Palais.
(Filène sort.)
Qu'on apporte à laver.
L^A.irDR£.
Ah ! parole opportune !
Ne laisse pas, Léandre, échapper la Fortune; C'est ici qu'il te faut être prudent et prompt:
(U prend le bassin. )
Mais tenant ce bassin, je la tiens par le front, Et, si je puis changer l'anneau qu'il y va mettre. Le ciel ne me pouvoit davantage promettre.
ÉE ROI, lai^ant^ et ayant mis Vanneau sur le bassin.
Amans, qu'on ne verse plus d'eau, Qu'on ne se plaigne ni soupire; Par la prison d'un œil si beau , L'amour a perdu son empire. p