ACTE III, SCÈNE II
La qualité des lieux où vous nous avez mis , Nous feroit-elle bien croire vos ennemis ?
LE ROI
Quels lieux ? Quels ennemis le ciel m'a-t-il fait naître ?
Ne feint-il point aussi de ne les point connoitre ?
LILIANE
Ah! sire, commandez qu'on m'ouvre le cercueil, Ou daignez m honorer d'un plus joyeux accueil: Devant ces confidens rien ne vous sert de feindre, Et nous n'avons ici personne à nous contraindre.
LE ROI
Gardez ces vains discours pour un esprit blessé :
Me veut-on faire ici tenir pour insensé ?
Vous me connoissez mal , et j'ai l'ame trop saine
Pour que ces entretiens me puissent mettre en peine.
Quelle raison, m'amie, adresse ici vos pas?
Qui laisse entrer ces fous que je ne connois pas?
FABRICE
Gomme de son esprit la raison est bannie !
Oh! je ne me plains plus , j'ai de la compagnie.
LILIANE
Ne vous parois-je plus avec ces mêmes yeux Qu'il vous plut de nommer vos soleils et vos dieux? Un jour m'a-t-il ravi la douceur de ces charmes Qui vous ont arraché tant de vœux et de larmes ? Votre corps n'est-il pas pourvu des mêmes sens Qui nourrissoient pour moi tant de feux innocens? Quel sort de tant de flamme en a fait tant de glace ? Liliane chez vous ne trouve plus de place? Tome I. g
i3o LA BAGUE DE L'OUBLI,
Êtes-vous Liliane ?
LlLIAl^E.
Ah! sire, confessez.
Si vous m'aimez encor, le cœur que vous portez; N'apprenez que de lui si je suis pas la même Qui fus toujours l'objet de son amour extrême.
LE ROI
Où tend cet entretien? Que voulez-vous de moi?
LILIANE
Qiîbi! ce prompt changement est le prix de ma foi!
Sur quoi faut-il fonder des attentes certaines,
Si les rois ne nous font que des promesses vaines ?
FABRICE
O qu'elle parle bien! ne jugeroit-on pas Qu'elle auroit eu le vent des deux mille ducats?
LE ROI
Ma sœur, n'est-ce pas vous?
LILIANE
Qui suis-je devenue, Que votre majesté m'ait sitôt méconnue?
Quelque démon^ pour voir mes desseins à l'envers, Me fait-il prendre ici des visages divers, Et me peut-il donner quelque forme qui semble Liliane une folle, et votre sœur ensemble?
LE ROI
Liliane, est-ce vous?
Oui, cet objet d'ennuis.
Et que vous destiniez à tant d'heureuses nuits,