‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 15 sur 428 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LUSCINDE

Dieux! que la jalousie en un jeune courage,

Alors qu'on aime bien , est une extrême rage !

L'Afrique en ses déserts ne présente à nos yeux

Rien de si redoutable et de si furieux*

Sitôt que ce jeune astre aux regards de la reine

Exposa sa clarté si belle et si sereine ,

Aussitôt qu'à ses yeux lole se fit voir,

Bien loin de se contraindre et de la recevoir.

Avec bien plus de cris et bien plus enragée

Que Niobe autrefois sur la rive d'Egée ,

Par son geste confus figurant soi#tourment,

Elle a tous nos esprits saisi d'étonnement :

Elle court sans dessein , et sa course rapide

Cent fois a fait trembler tout le palais d'Alcide;

Elle renverse tout, rompt tout, et sous ses pas

La maison est étroite et ne lui suffit pas;

Sa pâleur fait juger du mal qui la possède ,

La rougeur tôt après à la pâleur succède ;

Elle verse des pleurs, et dans le 'même instant

Du feu sort de ses yeux, qui les sèche en sortant; ^

En diverses façons son visage s'altère ,

De moment en moment de soi-même il diffère ;

Elle plaint, elle crie, et partout sa fureur

Excite la pitié, la tristesse et l'horreur....

Mais on ouvre... C'est elle. O dieux! de cpielle sorte

Elle court furieuse où sa rage la porte!

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