ACTE II, SCÈNE IL
Tu trouveras en moi les armes qu'il te faut; Prépare seulement mon bras à cet assaut. Qu'une fois cette main te soit officieuse, Sers-toi d'une enragée et d'une fîirieuse. Inspire-moi y déesse, et m'enflamme le sein, Seconde ma fureur en ce juste dessein.
LUSCINDE
Madame, au nom d'hymen, et par ses flammes saintes, Modérez vos ennuis et réprimez ces plaintes; Laissez à ces transports succéder le repos : Paroissez Déjanire , et femme d'un héros.
DEJANIRE.
Qu'Hercule me trahisse , et qulole me brave !
Qu'une jeune effrontée , une insolente esclave ,
Dont le père a suivi ses peuples déconfits.
Vienne en ce lieu donner des frères à mes fils,
Et, pour avoir charmé les yeux de ce perfide.
Soit fille de Jupin et compagne d'Alcide!
Non , non , je lui vendrai mon honneur chèrement ,
Ou je détournerai ce triste événement;
Qu'il dispose des cieax et des enfers ensemble ,
Qu'au seul bruit de son nom toute la terre tremble ,
Il excite en mes sens une rébellion
Pire que ses serpens, son hydre et son lion.
Une captive , ô dieux ! partagera ma couclie !
Souillé de ses baisers , il faut que je le touche 1
Il faudra que je perde ou divise son cœur.
Et les yeux d'une esclave ont vaincu ce vainqueur !
Quand les monstres laissoîent sa valeur endormie ,
Voilà qu'il se présoite une pire ennemie!
Une seule captive en pouvoit triompher,
Et fait plus que le ciel, et la terre et l'enfer! Il ne daigne à mes yeux cacher sa perfidie , Et peut-être en son cœur déjà me répudie. O cruel désespoir! ô sensible tourment Qui ne peut inventer un trop dur châtiment! C'est trop délibérer; imagine une peine Horrible, épouvantable, incroyable, inhumaine; Que de toi Junon même apprenne à se venger. Et comment d'un grand mal on se doit soulager.
LUSCINDE
Dieux! que proposez-vous? quel crime épouvantable! D'une telle fureur votre esprit est capable! En quels lieux inconnus ou du ciel ou du sort Cacheriez-yous le bras auteur de cette mort? Oïl vous souffriroit-on , si chacun le révère? Et que feroit le foudre en la main de son père?
DEJANIRE. , .
Ma peur ne rendra pas ce perfide impuni : Si mon forfait est grand , mon mal est infini*
LUSCINDE
Le plus désespéré, voyant la mort, recule. Et vous mourriez , madame.
DEJANIRE.
Oui, mais femme d'Hercule:
Et mon œil , de mes pleurs à chaque heure mouillé , Ne verra pas mon lit honteusement souillé. J'éteindrai de son sang, avec ses sales flammes. Les torches de l'hymen qui joignit nos deux âmes ; S'il redoute l'effet du dessein que je fais. Qu'il ajoute ma mort au nombre de ses faits; Qu'il croisse de ma perte encorda reriomméfe.