‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 17 sur 428 · ACTE II, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL

Tu trouveras en moi les armes qu'il te faut; Prépare seulement mon bras à cet assaut. Qu'une fois cette main te soit officieuse, Sers-toi d'une enragée et d'une fîirieuse. Inspire-moi y déesse, et m'enflamme le sein, Seconde ma fureur en ce juste dessein.

LUSCINDE

Madame, au nom d'hymen, et par ses flammes saintes, Modérez vos ennuis et réprimez ces plaintes; Laissez à ces transports succéder le repos : Paroissez Déjanire , et femme d'un héros.

DEJANIRE.

Qu'Hercule me trahisse , et qulole me brave !

Qu'une jeune effrontée , une insolente esclave ,

Dont le père a suivi ses peuples déconfits.

Vienne en ce lieu donner des frères à mes fils,

Et, pour avoir charmé les yeux de ce perfide.

Soit fille de Jupin et compagne d'Alcide!

Non , non , je lui vendrai mon honneur chèrement ,

Ou je détournerai ce triste événement;

Qu'il dispose des cieax et des enfers ensemble ,

Qu'au seul bruit de son nom toute la terre tremble ,

Il excite en mes sens une rébellion

Pire que ses serpens, son hydre et son lion.

Une captive , ô dieux ! partagera ma couclie !

Souillé de ses baisers , il faut que je le touche 1

Il faudra que je perde ou divise son cœur.

Et les yeux d'une esclave ont vaincu ce vainqueur !

Quand les monstres laissoîent sa valeur endormie ,

Voilà qu'il se présoite une pire ennemie!

Une seule captive en pouvoit triompher,

Et fait plus que le ciel, et la terre et l'enfer! Il ne daigne à mes yeux cacher sa perfidie , Et peut-être en son cœur déjà me répudie. O cruel désespoir! ô sensible tourment Qui ne peut inventer un trop dur châtiment! C'est trop délibérer; imagine une peine Horrible, épouvantable, incroyable, inhumaine; Que de toi Junon même apprenne à se venger. Et comment d'un grand mal on se doit soulager.

LUSCINDE

Dieux! que proposez-vous? quel crime épouvantable! D'une telle fureur votre esprit est capable! En quels lieux inconnus ou du ciel ou du sort Cacheriez-yous le bras auteur de cette mort? Oïl vous souffriroit-on , si chacun le révère? Et que feroit le foudre en la main de son père?

DEJANIRE. , .

Ma peur ne rendra pas ce perfide impuni : Si mon forfait est grand , mon mal est infini*

LUSCINDE

Le plus désespéré, voyant la mort, recule. Et vous mourriez , madame.

DEJANIRE.

Oui, mais femme d'Hercule:

Et mon œil , de mes pleurs à chaque heure mouillé , Ne verra pas mon lit honteusement souillé. J'éteindrai de son sang, avec ses sales flammes. Les torches de l'hymen qui joignit nos deux âmes ; S'il redoute l'effet du dessein que je fais. Qu'il ajoute ma mort au nombre de ses faits; Qu'il croisse de ma perte encorda reriomméfe.

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