SCÈNE PREMIÈRE
FLORIMANT, PAMPHILE.
FLORIMAITT.
iuest bien malaisé, suivant Tordre des choses, l'on ne trouve une épine entre beaucoup de roses , que le plus heureux s'estime si content ill n'ait quelque sujet de ne l'être pas tant, quel œil, cher ami, vis-je votre arrivée? t-il quelque douceur que je n'aie éprouvée? jadis ce mortel qui logea le soleil it-il quelque plaisir à mon plaisir pareil ?
'é les cruautés d'une ingrate maîtresse , te cœur amoureux je bannis la tristesse , ce teint la pâleur , et les pleurs de ces yeux ; je chassai tout pour vous recevoir mieux, fous paroissions tous deux les plus heureux du monde , notre volupté n'avoit point de seconde : Tome II, '7
n5S LA CÉLIANE,
£IIe en a maintenant , et je vois que le ciel Veut parmi ces douceurs mêler un peu de^fieP: Il change depuis peu votre humeur ordinaire, £t depuis quelques jours elle est plus solitaire ; Ce teint n'est plus si vif, ni cet œil si joyeux : En un mot , vous trouvez ce séjour ennuyeux. Mais , sans être fêché de ma bonne fortune , Vous ne sauriez trouver cette terre importune.
Il faut tout avouer ; que n'avoi\rai-je pas A. ceux que j'ai promis d'aimer jusqu'au trépas ! Monsieur, Téloignement d'une beauté que j'aime Mêle un peu de tristesse à mon bonheur extrême ; Et ne condamnez point la peine que je sens , Puisqu'elle est ordinaire aux amoureux absens. Tout ce qu'on voit de beau dans le teint de l'Aurore Le soleil comme il est sur le rivage maure, L'amante d'Adonis et celle des zéphyrs , Tout cela ne vaut pas l'objet de mes soupirs. Jugez de quels attraits cette belle est pourvue. Vous me voyez pourtant, et j'ai quitté sa vue. Une autre m'estimoit , dont j'abhorrois les fers , Et m'a rendu suspect à celle que je sers: L'importune feignoit d'asservir ma franchise , Qui n'a jamais cédé qu'aux doux charmes de Nisé. Cet agréable objet de mon affection M'a depuis témoigne quelque altération : Je voyois ses soupçons dépeints sur sori visage , Et pour l'en divertir j'entrepris ce voyage. Je ne vanterai point votre ardente amitié : Nestor pour son ami n'en eut pas la moitié ;