‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 19 sur 428 · ACTE II, SCÈNE IL 3i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL 3i

LUSGIirDE.

De quel monstre?

DEJANIRE. ,

De Nesse. Apprends quelle aventure De ce fameux centaure a purgé la nature : Un jour, gaie, et l'esprit plus content que jaloux, Je suivois en Argos cet infidèle époux, Quand, pensant approcher ce rivage d'Évène, Ce fleuve débordé couvroit toute la plaine; Ne&se qui s*y trouva, nous voyant consulter, Se vint en ce besoin offrir à me porter ; Il me met sur sa croupe, où sa course rapide Me rend à l'autre bout , et m'éloigne d'Alcide. Là, ce monstre commence à bénir son destin: € Vous serez , me dit-il , mon prix et mon butin ; Ce grand, cet indompté, n'a plus de Déjanire. )> Moi, je crie à ces mots, je pleure, je soupire; Mais il rit de mes pleurs, et mes gémissemens N'empêchent point sa course et ses embrassemens. Hercule qui nous voit écarter de la rive , Quoiqu'il ne pût alors ouïr ma voix plaintive. Reconnut aisément son lubrique dessein; Il crie, appelle, court, mais il travaille en vain : Ce monstre espéroit bien, par sa course légère, Eviter les effets de sa juste colère.

Enfin , las de nous suivre , et le voyant voler : « Mes traits ir<mt, dit-il, où je ne puis aller. Ils t'ôteront la vie et ce que tu me voles- » Il eut tiré plus tôt qu'achevé ces paroles; Et le monstre aussitôt, blessé mortellement: « Je ne pouvois, dit-il, mourir plus noblement. ^^ Là de ses fortes mains une corne il s'arrache,

Et pleine de son sang : « Tiens, me dit-il; et tache .

Un de ses vêtemens de ce sang précieux,

S'il est jamais blessé d'autres que de tes yeux.

Il aura la vertu de te rendre son âme ,

Et le fera brûler de sa*|iremière flamme;

Des mages ont prédit qu'au cœur le plus glacé

Il pourroit... » Là sa vie et sa voix ont cessé;

Il tombe; et ce grand corps couvre un si grand espace.

Que six hommes ensemble occupent mcnns de place.

J'ai gardé ce présent, éprouvons s'il est tel;

Mouillons-en l'ornement qu'il doit prendre à l'autel;

Ce sang, qu'à la couleur il pourroit reconnoître,

N'est plus qu'une eau rougeâtre et qui n'y peut paroître.

LUSCINDE

lEssuyez donc ces pleurs, et forcez ces soupirs. Allons, et que le ciel seconde vos désirs.

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