SCÈNE III
CÉLIANE, déguisée en jardinier^ tenant un pam de ^fimrs; ensuite VUILIDOti.
CELiANE seule.
Jalouse frénésie , où portes-tu les daines Depuis que ton poison s^empare de leurs âmes? Quels étranges moyens leur fais-tu concevoir Pour connoitre le mal qu'elles craignent de voir? Qu il me seroit aisé de sortû* de misère Si le ciel m'avoit fait une âme plus légère ! On ne me verroit pas, le sein mouillé de pleurs, En ce rustique habit aller vendre des fleurs. Le souci d'épier si l'ingrat m'a changée Ne m'eût pas aisément à ce dessein rangée. En ce prochain logis cet infidèle amant Entretient tous les jours sa joie et mon tourment: Là, de mille faveurs sa nouvelle maîtresse Flatte les passions de cette âme traîtresse ; Quelque soin qu'il emploie à couvrir ce dessein , Il ne me peut ôter cette crainte du sein; Et je verrai bientôt , par cette feinte aisée , Que son humeur est plus que mon corps déguisée.
PHiLiDOR arrwant.
Voyons ces belles fleurs. Quelle peur t'a surpris? On ne veut pas, ami, te frustrer de leur prix.
cixAKTU'E^'a part.
Ah dieux ! c'est Philidor ! Plût au ciel que leur perle M'affranchît du regret de me voir découverte !