ACASTE, LE PAGE, RODOLPHE
ACASTE
Rodolphe, quel ombrage Dans un calme si doux m'excite cet orage ? Quelque ressentiment vous seroit-il resté, Et vous devions-nous plus que votre liberté ?
RODOLPHE
Oui , tu me dois raison de la plus belle vie Que les traits de la Mort aient encore ravie , Et du sang qui coula sous la barbare main Du pire des mortels et du plus inhumain.
ACASTE
De vous justifier l'action de mon père..,. J'ignore ses raisons ; c'est à lui de le faire.
RODOLPHE
Il pouvoit rendre vains les sermens que je fis D'expier son forfait par la mort de son fils. Sa main, quand je partis, savoit encor l'usage Des cruels mouvemens que conseille la rage : Il voulut m'épargner pour ne t'épargper pas, Et signant mon départ il signoit ton trépas.
ACASTE
Calmez, calmez un peu la iFureur qui vous trouble; Le trépas aujourd'hui me coûteroit au double: La beauté dont mon cœur adore les appas N'attend pas cette nuit un mort entre ses bras.