ACTE V, SCÈNE IX
AGASTE.
Et me le veut ôter Pour le droit que son bras a de vous disputer. Si j'avois même droit en si belle conquête , Je vous conserverois aux dépens de ma tête ; Mais le mien est fondé sur une trahison : Je vous acquis par fraude , et vous rends par raison.
(U Teat la mettre entre les bras de Rodolphe. )
Payez de vos faveurs une amour légitime , £t faites de l'oubli le châtiment d'un crime.
RODOLPHE
Ces satisfactions ne te sauveront pas
D'une lâche infamie ou d'un juste trépas.
Quoi ! comme il semble bon , on prend ou rend ma dame ,
Selon que la peur glace ou que l'amour enflamme !
Un foible dieu préside à ses affections
Si l'on altère ainsi ses inclinations.
Mais que cette beauté sans contrainte s'engage ,
Et choisisse à son gré sa flamme et son servage ;
Pour moi je vivrai libre; et mon courage est tel.
Qu'il s'est pu dégager de tout objet mortel.
ISABELLE, à Acaste,
Pour moi, je vivrai votre; et mon amour est telle Qu'on ne lui peut ravir le titre d'immortelle.
(AIU>dolplie.)
Rodolphe, en vérité, ne présumez-vous point
Que votre changement me touche au dernier point ,
Que je vous vais prier de m'être favorable ,
Et que votre mépris fait une misérable ?
Certes, vous auriez tort; et vos traits sont trop doux
four craindre que mon cœur se plaigne de leurs coups.
4a8 LA BELLE ALPHRÈDE,
Votre froideur prévient un dessein nécessaire De chercher d'autres yeux à qui vous deviez plaire Car déjà pour les miens vos attraits plus charmans Approchoient de la fin de tous les agrémens.
RODOLPHE, à Isabelle.
Ni plaire ni charmer n'est plus mon entreprise : Le mépris sied fort bien à celles qu'on méprise; Et vous reconnoîtrez qu'un semblable souci N'est point l'occasion qui m'a conduit ici.
( Â Âcaste.)
Toi, si tu ne te hais, et si tu n'as envie Qu'enfin ta lâcheté de ta mort .soit suivie , Donnons, ou sans respect je venge aveuglément Et l'injure d'Alphrède et mon ressentiment.