‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 299 sur 428 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Si tu sais les douceurs qu'un autre hymen apporte ? Ih! que 'tu parleras d'un esprit plus rassis, il qu'une seule fleur te vaudra de soucis!

LUCIDOR.

!je plus fidèle avis est suspect en la bouche

)e qui nous entretient sur un fait qui le touche.

^ ruine seroit pour ton avancement,

St tu me parles moins en ami qu'en amant ;

Hais toi-même, sachant cette humeur obstinée

Qu'oppose cette belle, au doux joug d'hyménée,

Cu dois craindre, ce semble, et de la même loi

^e tu me veux prescrire en faire une pour toi.

22s-tu d'âge, de biens, ou d'humeur plus sortable?

!}rois-tu trouver en elle un esprit plus traitable ?

)^udrois-tu Gélie à partager tes feiix,

^uand même tes parens voudroient ce que tu veux?

CÉLIANTE.

I^ai peu de vanité; mais souffre que je croie Qu'elle me recevroit avec beaucoup de joie , ^'elle verroit mes vœux d'un œil plus satisfait, St que tu serois vain des biens qu'elle me fait.

LUCIDOR.

Cette amour , Céliante , est un choix légitime ; ^on divin jugement éclate en cette estime ; wje ciel quand tu naquis tint ses trésors ouverts , it tes rares appas charment tout l'univers.

CELIANTE.

c ne me flatte point de créances si vaines ; 1 suffit que Célie est sensible à mes peines , ^ <iu'ayant le pouvoir de disposer de soi , Jle en ordonneroit en faveur de ma foi.

/i44 LA PÈLERINE AMOUREUSE,

LUGIBOR.

Adieu, cueille les fruits d'une ardeur si fidèle; Jouis de son amour quand je jouirai d'elle. Que Célie en tes feux prend Utie juste part!

• GÉLIANTE.

Tu te gausses trop tôt!

LUGTDOR.

Tu te plaindras trop tard.

( A Filidan. ) ( Cëliante sort)

Au point cpie de mçs maux on doit borner fà cour

L'insensé cherche aux siens encor quelque ressourc

Ce superbe rival ne désespère pas

De posséder Célie et la voir en ses bras.

Son père a prononcé l'arrêt irrévocable

Qui donne à mes souhaits un bien si délectable ;

Son pouvoir abandonne à mes soins amoureux

Ce trésor qui rendroit des monarques heureux.

Toutefois , Filidan , il faut que je confesse

Un regret qui se joint au dessein que je pi^esse :

Célie est adorable, il est vrai,. mais

FILIDAN.

Quoi, mak

LUCIDOR.

Un secret repentir m'altère ses attraits. Tous n'aiment que sa grâce, et moi que sa fortuiM Elle n'est à mes yeux qu'une beauté commune ; Je regrette x4.ngélique, et ma juste douleur Me peint tous les objets d'une fausse couleur. Qu'un premier objet charme, et que ses moindres gr Dans le cœur d'un amant font de profondes traces!

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