‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 325 sur 428 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

Enfin , heureux vieillard , il faut que je confesse En cette extrémité la douleur qui me presse, Mais avec cet espoir que ton sage conseil Mettra sur ma blessure un premier appareil.

GLORIMAND.

J'aurai reçu le prix de ce peu de science Qu'un long étude a jointe à mon expérience, . Si quelque utilité vous vient de mes avis. Qui n'ont jamais fait tort à qui les a suivis.

AIfG]ÉLIQn£.

Sous un prétexte saint je suis dans ce voyage

Les violens efforts d'une amoureuse rage :

Florence doit borner ou combler mes malheurs,

Et je trouve en ce lieu le sujet de mes pleurs.

Lucidor, cet ingrat qui réclame mon aide^

Lui-même m'a blessée et me doit du remède :

Je vivois à Lyon dans les plus doux plaisirs

Que possède un esprit qui manque de désirs; /

Mes sens et ma raison sous une loi commune

Entretenoient ma joie et ma bonne fortune;

Aucune passion ne traversoit mon bien,

Et je m'aimois alors , de quoi je n'aimois rien.

Mais que ma liberté fut bientôt asservie

Aux traits que décocha ce tyran de ma vie!

Je le vis chez Théante ; et là ce beau vainqueur

Sembla d'un même coup perdre et ravir un cœur,

Deux regards mutuels firent naître deux flammes.

Deux regards mutuels asservirent deux âmes;

Et l'Amour eut sitôt captivé nos esprits

Que Jui-même ignora qui le premier fut pris.

3'attribuois au soin de notre destinée

Cette commune ardeur si forte et sitôt née,

Et je n'osois porter mes regards iunocens

Que sur ce lâche auteur des ennuis que je sent':

Ses yeux me répondoient; ses modestes caresses

A mes saintes ardeurs confirmoient ses promesses;

Il partageoit ma peine, ou de tous les humàina

Il est le plus adroit en des hommages feints.

Mais en combien d'esprits peut régner la constance

Quand l'objet de leurs vœux n'est plus à leur défense,

Et que Téloignement efface les crayons

De ce qui n'est plus vu par ce que nous voyons?

Au fort de nos amours une affaire importante

Éloigna Lucidor du logis de sa tante :

Le cruel m'abandonne avec ce seul espoir

Que j'aurois dans six mois le bien dé le revoir,

Et qu'à son arrivée un heureux mariage

Nous produiroit les. fruits d'un ennuyeux servage.

Jugez de mes soupirs ; il partit toutefois , /

Et son dernier adieu m'ôta l'âme et la voix.

Depuis j'ai vu des mois l'inégale courrière

Six fois recommencer et finir sa carrière,

Avec moins de repos qu'elle qui court toujours

Et qui n'ose manquer à diviser les jours.

Mais six mois achevés n'ont point fini mes peines;

Je vis mon espérance et sa promesse vaines.

Hélas! combien alors m'écriai -je : O trépas!

Espoir des affligés , viens , puisqu'il ne vient pas.

Que je versai de pleurs! que mes secrètes plaintes

Offensèrent du ciel les lois justes et saintes !

Ma douleur chaque jour accroissoit ses efforts ,

Et de l'esprit enfin passa jusques au corps ;

Un cruel désespoir saisit mon cœur^ de sorte

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