ACTE V, SCÈNE VIII. 6i
J'ai causé ses toumiens , j'ai trahi ses dessein»^ Et la raison ne peut me sauver de ses mains.
THIMANTE.
Puisqu'à mes longs ennuis tant de bonheur succède,
Que nos maux soient finis par un commun remède.
Me cédant ce trésor vous réparez assez
Le sujet importun de mes malheurs passés ;
Et les crimes d'amour, après la repentance,
Ne sont ni reprochés ni punis sans offense.
Je vois cette beauté qui me tient sous ses lois
Disposée à donner ce pardon de sa voix.
^ THÉANE.
Je hais la trahison; mais, quoi que je propose. Je la dois pardonner puisque j'en suis la cause. Filandre, vis content.* ^
FILAiyDRE.
Puisque vous l'ordonnez^ Je conserve mes jours au malheur destinés; Je vivrai pour vou^ rendre un éternel- hommage..
CIBPHISE.
O résolution d'un généreux courage!
Dans le dessein de vivre il semble autant souffrir Qu'un autre souffriroit au dessein de mourir. Filandre, est-il pas vrai? parle d'une âme saine, Tu te vois délivré d'une sensible peine. L'honneur te défendoit d'éviter le trépas ; Mais, si je te connois, il ne te plaisoit pas.
Puisqu'enfîn ton amour est l'objet oîi j'aspire, Je dois tout avouer et ne t'ose dédire.
Enfin que ferons-nous , puisque nos vœuK sont vains ?
Désires-tu reffet de nos communs dçstins?
Un heureux mariage unira-t-il nos âmes ?
Et ressens-tu pour moi ^e mutuelles flammes?
€]èpHISE.
Éprouvons quelque temps nos désirs et no^ vœux ; Songeons-y mûrement ; nous sommes fins tous dejix* Ce seroit un malheur fort plaisant que le nôtre , , Si» les ayant trompés, nous nous trompions l'un l'autre, Songe plus d'une fois au dessein que tu fhis : Tes regards par les mieqs seront-ils satisfaits? Chéris-tu mon humeur, ma façon et ma taille? Ont-elles à tes yeux quelque chose qui vaille ? Peux-tu sans violence offrir ta liberté . A celle en qui TAn^our mit si peu de beauté ?
FILANDBifc.*
Tes vertus sont un charme à qui les examine ; Ta taille est d'importance , et ta grâce divine : Tu feras aisément par tes perfections De ma naissante ardeur de fortes passions.