‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 3)Chapitre 5 sur 428 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

HERCULE

Finissant moteur des cieux, ferme appui de la terre,

Seul être souverain, seul maître du tonnerre,

Goûte enfin , roi des dieux , le doux fruit de mes faits ,

Qui par tout l'univers t'ont établi la paix;

J'ai d'entre tes sujets la trahison bannie;

J'ai des rois arrogans puni la tyrannie.

Et rendu ton renom si puissant et si beau ,

Que le foudre en tes mains n'est plus qu'un vain fardeau.

Des objets de ton bras le mien est l'homicide.

Et tu n'as rien à faire après les faits d'Alcide ;

Tu n'as plus à tonner; et le ciel toutefois

M'est encore interdit après tous ces exploits.

Parois-je encore un fils indigne de mon père?

Junon n'a-t-elle pas assouvi sa colère?

N'a-t-elle point assez, par son aversion,

Fait paroitre ma force et mon extraction?

i4 HERCULE MOURANT,

N'ai-je pas sous mes lois asservi les deux pôles?

Et celui dont le ciel charge tant les épaules ,

Et sur qui ce fardeau repose pour jamais,

Ne me peut-il porter avec ce rude faix?

Ainsi que mes exploits rends ma gloire parfaite ,

La Parque t'a remis le soin de ma défaite;

Et, de quelques efforts qu'elle attaque mes jours,

L'impuissante qu'elle est n'en peut borner le cours.

L'air, la terre, la mer, les infernales rives,

Laissent enfin ma vie et mes forces oisives ;

Et, voyant sans effet leurs monstres abattus.

Ces foibles ennemis n'en reproduisent plus*

Père de la clarté , grand astre , âme du monde ,

Quels termes n'a franchis ma course vagabonde !

Sur quels bords a-t-^on vu tes rayons étalés,

Oîi ces bras triomphans ne se soient signalés?

J'ai porté la terreur plus loin que ta carrière, ,

Plus loin qu'où tes rayons ont porté ta lumière.

J'ai forcé des pays que le jour ne voit pas ,

Et j'ai vu la nature au delà de mes pas.

Neptune et ses Tritons ont vu , d'un œil timide ,

Promener mes vaisseaux sur leur campagne humide.

L'air tremble comme l'onde au seul bruit de mon nom,

Et n'ose plus servir la haine de Junon.

Mais qu'en vain j*ai purgé le séjour où nous sommes!

Je donne aux immortels la peur que j'ôte aux hommes:

Ces monstres dont ma main a délivré ces lieux,

Profitent de leur mort et s'emparent des cieux.

Le soleil voit par eux ses maisons occupées;

Sans en être chassés ils les ont usurpées.

Ces vaincus, qui m'ont fait si célèbre aux neveux,

Ont au ciel devant moi la place que j'y veux;

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