SCÈNE VIL
FÉLICIE seule.
0 conseil inutile à mon cœur languissant I
On ne craint plus un mal alors qu'on le ressent.
Cet aimable vainqueur a mon âme charmée.
0 soprême malheur ! ma sœur en est aimée ,
Et sa rare beauté me défend d'espérer
Le fruit de le chérir et de le révérer.
Que n'ai-je ses attraits ! pourquoi , nature avare y
Ne me pui»-je vanter d'un visage aussi rare ?
Que ne Fai^-je pourvu d'une égale douceur!
Cruelle , devois-tu davantage à ma sœur ?
h le caresserois , il m'ouvriroit son âme ,
h le dtvertirois de sa première flamme ;
Vun désir mutuel nos cœurs seroient atteints ,
Je trahirois ma sœur , je romprois ses desseins.
Oui; mais qu'auroitLysis ? que dois-je à sa constance?
Sont-ce là ces ardeurs et cette résistance
Où nos vœux mutuels obligent nos esprits ?
Un autre me peut-il ôter ce qu'il m'a pris ?
0 firivole discours! je suis ce qui m'attire :
Ce n'est pas mon dessein qui fait ce doux martyre ,
Et la nécessité d'estimer ce qui plaît
Excuse mon esprit , tout volage qu'il est.
ia8 LA CÉLIMÈNE,