ACTE IV, SCÈNE VI. i5i
EYAKDRE , tenant Clanane aux cheveux.
Toi y spectre mouvant , vieille source de crimes , Qui donnes aux enfers ces coupables victimes. Quels supplices, quels fers, quel assez prompt trépas A tes mânes hideux fera suivre leurs pas? Quand j'aurai de cent nœuds tes sales mains étreintes , Dispense alors ta voix à d'inutiles plaintes , Pleure, soupire, crie et déteste les cieux. Leur lumière à jamais est morte pour tes yeux.
GLARIANE.
Ah! ne différez point le plus juste supplice Qu'aient jamais ordonné le ciel et la justice ; Inventez des tourmens égaux à mes forfaits; Votre ressentiment a de trop lents effets. De cet horrible objet délivrez la nature; Les corbeaux trop long*temps attendent leur pâture. Que ne sont par vos mains ces membres déchirés. Et que déjà par eux ne sont-ils dévorés?
PARTHENIE.
L'effet suivra de près ce dessein légitime ; Mais apprends*moi quel fut le motif de ton crime, Et quel dessein te porte à me persécuter. Mon mal est-il trop doux? devois^-tu Tirriter?
CLARIANE.
Une infâme avarice , à mon âge commune ,
Et Tastre qui conduit ma mauvaise fortune.
M'ont fait fouler aux pieds, pour suivre mes desseins,
Toutes divines lois et tous^ respects humains.
Clarimond , qui languit mourant sur la poussière ,
A si prodiguement joint l'or à la prière,
i52 L'INNOCENTE INFIDÉLITÉ,
Que je n'ai pu nier à ses fortes amours
Le soin qu'il m'a fait prendre aux dépens de ses jours.
PARTHIÉNIE.
Quoi! de cette action Clarimond fut capable, Et d une amour si sainte en fit une coupable ? * Dans les Qots de son sang il achève son sort, Et ce bras malheureux est auteur de sa mort : O déplorable effet de mon malheur extrême , Qui m'ôte le plaisir dans la vengeance même^ Et ne me permet pas de goûter le bonheur D'avoir puni son crime et sauvé mon honneur! J'estimois Clarimond , et pour croître ma peine Il s'est rendu coupable et digne de ma haine : Sa mort, que j'ai causée, est un de mes malheurs, £t l'honneur me défend de lui donner des pleurs.
CLilRIANE.
Différez un moment mes peines légitimes ; Et, comme vous perdez, profitez de mes crimes. Madame , en mon malheur les vôtres ont leur fin ; Seule , seule j'ai fait votre mauvais destin : Seule j'ai traversé votre chaste hyméhée; Par moi son cours ne fut que d'une matinée ; J'ai causé les affronts que vous avez soufferts ; J*ai contre votre amour suscité les enfers : Une bague charmée....
O dieux !
GLÀRIAITE.
Que porte Hermantc , Fait triompher du roi cette impudique amante ; C'est de moi qu'elle tient ce damnable secours^