ACTE I, SCÈNE IL i8i
Me peux-tu découvrir cpielque point de sa loi Que ce docte régent n'ait révélé qu'à toi ?
CLORINDE
Depuis que par ses traits je me sentis atteindre , Ce dieu m'a seulement appris l'art de me plaindre ; Et de tout ce qu'il blesse et qu'il fait consumer, Je crois savoir le plus et le plus mal aimer. Je me trahis moi-même , et j'ai d'une rivale Pour sondir un amant suivi la loi fatale ; J'ai traité ion amour de mépris apparens, Et j'ai feiit de tenir ses vœux indifférens , Quand on me trahissoit , et que cette inhumaine Le comblent de faveurs pour me combler de peine. Ce redoutable esprit me trompe avec tant d'art, Que j'ai de son dessein fait la meilleure part : Elle tendoit ses rets quand je chass<Ms la proie , Et de mon innocence elle a tiré sa joie. Céliandre est chez elle , et je n'espère pas , Quelque effort que j'emploie , en retirer ses pas.
LISANTE.
Son nom?
GLORIirDE.
C'est Dorimèae.
LISANTS.
Elle a beaucoup d^adresse , Et mérite en cet art le nom de ta maîtresse : L amour est un métier où, si je m'y connoi, Un ami trompe l'autre et chacun fait pour soi ; Ecoute toutefois, veux-tu que je soupire Et par des signes faux je prouve un vrai martyre ? 7e sais certain moyen de gouverner mes sens
i84 CLÔRINDE,
CLORINDE
Et quoi? j'emploîrois tout pour un peu d'allégeance.
LISANTE.
D'imîter mon humeur et mon indifférence. Mais déjà mon avis t'afflige en t'assistant. Bien , suis les lois d'amour si tu l'estimes tant. Tu me vas opposer sa force et ta faiblesse.
CLORINDE
Prends tes avis pour toi si cet enfant te blesse , Et si quelque profit te vient de tes desseins , Ne me pardonne plus si jamais je me plains. Autrefois comme toi je fus indifférente; Je riois des soupirs de Philis et d'Orante , Et croyois que l'amour fût un mal si léger Que les moindres efforts le pussent alléger; Mais que je confessai leurs plaintes équitables D'abord que je sentis ses forces redoutables I Et que tu cesserois de condamner mes pleurs Ressentant seulement l'ombre de mes douleurs!
LISANTE
Si jamais cet enfant me tient sous son empire. Lors ne m'épargne point , je te permets d'en rire. Mais c'est t'entretenir de discours superflus : Si tu me vois aimer, tu pourrois n'aimer plus« En cet art toutefois admire mon adresse ; Au dessein d'alléger la douleur qui te presse, Je vais en ta faveur éprouver de ce pas, Auprès de ton amant, si j'ai quelques appas. J'entreprendrai beaucoup, mais je suis assez vaine Pour croire que je puis l'ôter à Dorimène. Et ce soir si tu veux