ACTE III, SCENE III
LISANTE.
Non , non , sois dispensé de cet acte inhumain ; Je ne demands pas le secours de ta main; Je voudrois seulement que ta bouche éloquente Servit en ce besoin ma passion naissante. Je soupire d'amour , et l'auteur de mes feux Est sourd à ma prière et méprise mes vœux; Céliandre est l'objet des ennuis qui me pressent, Et les soins de mon cœur sur ma face paroissent : Combats ses cruautés , sers mes chastes, désirs ; Et rends ce beau vainqueur sensible à mes soupirs.
POLIDOR
Belle commission où servant je m'offense, Et qui de mon malheur seroit la récompense! Ne vous puis-je servir en autre occasion Qu'oïl votre bien dépend de ma confusion? Quelque autre vous rendra ce favorable office : Le sort m'en veut assez, sans que je me trahisse. Mais vous ne joûrez plus un importun amant ; J'aurai dessein ailleurs.
(IL sVloigne. )
LISANTE, riant.
O sensible tourment!
Quoi! je perds Polidor? O désespoir! ô rage! O malheur!
poLinoH résinant et la regardant , pardessus T épaule.
Un peu d'eau, madame perd courage.
Ne traitez point le monde avec tant de mépris: Si VQUs valez beaucoup, un autre vaut son prix.
( \\ «ort. )
2i8 CLORINDE,
O le doux passe-temps!
I^ISAITTE.
Loin d'accorder Tous-même Vos désirs à mes Tœux, vous m-'ôtez ce qui m'aime; Pour ce que je n'ai pas je perds ce que j'ai pris^ Cet aimable charmeur des jeux et des esprits. Jugez par sa beauté du pouvoir de mes charmes. Qui cent fois de ses jeux ont fait tomber des larmes Quel miracle d'amour n'eût été satisfait En la possession d'un amant si parfait?
(Oarimond et doriade au fond da théâtre.)
Il mérite beaucoup; mais, dieux! qu'à cette vue^ De force et de conseil mon âme est dépourvue \ Dois-je quitter la place à cet astre charmant^ Qui pâlit de colère à me voir seulement? .