ACTE II, SCENE I
Mais parlons de Tobjet de votre affection ; II reste encore un point de ma comtnissioii»
Quel?
LE VALET
La rare beauté dont votre âme est charmée Veut voir en vos écrits votre amour exprimée ; Les lettres en amour parlent plus librement , Et ne rougissent pas comme un honteux amant Par le même moyen vous verrez figurée L'extrême affection qu'elle vous a jurée,
J^HILE.
Ai-je appris l'art d'écrire , et , né pour les coHd)iits ,
Commettrois-je à ma main un office si bas?
Dois-je perdre du temps, et vois-tu qu'il s'observe
Un commerce si vil entre Mars et Minerve?
Mon épée est ma plume, et je signe de sang
La mort de qui s'attaque aux hommes de mon rang.
LE VALET
Vous devez toutefois , si votre amour est telle, Accorder toute chose aux vœux de cette belle : Il faut faire un miracle ; et que ne peut l'Amour, S'il veut favoriser les premiers de sa cour ?
EMILE
Va choisir une plume en l'une de ses ailes , Et j'en exprimerai mes passions nouvelles.
LE VALET
Oïl le rencontrerai-je ?
lÉMILE.
Çn mille et mille cœurs Qu'il rend passionnés de mes chariâes vainqueurs ,
^8o AMÉLIE,
En toutes les beautés à qui j'ote la vie, En l'esprit de Philis, en celui de Sylvie, Quoi! depuis que sous moi tu respires le joti^r Tu ne sais pas encore où j'ai logé l'amour?
LE VALET
Et ce dieu se voit41 ?
EM'ILE
OfaI l'ignorance extrême r Des plaintes, des soupirs, un œtl mort, un teint blême ^ Des flammes, des respects, un sensible tourment, Sont l'amour, ce me semble , assez visiblement.
LE VALET
Dieux! le plaisant visage! et comment sont ses ailes, ^
DÉMILE.
Ses ailes, ignorant, sont les soupirs des belfesw Mais ne m'enquête plus, j^aperçois Dionis Qui doit à ma valeur des plaisirs infinis; Il peut fidèlement ma passion décrire.
Et tracer en mon nom tout ce que je désire^