‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 252 sur 437 · ACTE ï, SCÈNE III. 38i · texte numérisé non relu

ACTE ï, SCÈNE III. 38i

SOSIE

Certes , à dire vrai , plus je le considère , D'autant plus ma créance a ma crainte défère ; Il n'a proportion , couleur , marque ni traits , Que le miroir aussi ne marque en mon portrait; On ne peut qu'ajouter à ce rapport extrême; En un autre aujourd'hui je me trouve moi-même , Démarche , taille , port , menton ^ barbe , cheveux , Tout enfin est pareil, et plus que je ne veux. Mais cet étonnement fait-il que je m'ignore? Je me sens , je me vois , je suis moi-même encore , Et j'ai perdu l'esprit si j'en suis en souci. Ne l'interrogeons plus. Entrons; qu'entends-je ici?

MERCURE

Traître, où vas-tu?

Chez nous.

MERCURE

Ah ! c'est trop ; le ciel même Ne te pourroit soustraire à ma fureur extrême. Tu t'obstines encore à me persécuter ?

SOSIE

Comment de mon devoir puis-je donc m'acquitter? Ne m'est-il pas permis de dire à ma maîtresse Ce qui m'est ordonné par une charge expresse ?

MERCURE

Oui , mais non à la mienne , ou de ce même seuil Où tu veux aborder je ferai ton cercueil.

SOSIE

Retirons-nous plutôt. O prodige! ô nature! Où me suis-je perdu? quelle est cette aventure?

Qui croira ce miracle aux mortels inconnu?

Où me suis-je laissé? que suis-je devenu?

Comment peut un seul homme occuper double place ?

Moi-même je me fuis , moi-même je me chasse ,

Je porte tout ens^nble et je reçois les coups ;

Je me vais éloigner, et je serai chez nous.

Quel est cet accident? Retournons à mon maître,

Et plût au ciel aussi qu'il me pût méconnoître 1

De cet heureux malheur naîtroit ma liberté^

Et ce seroit me perdre avec utilité.

(n sort.)

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