‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 291 sur 437 · ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I

Vient des mets qu'on y dresse excroquer la fumée! Respecte-la, profane, et n'y rentre jamais Qu'assuré d'en sortir en qualité de mets, Et de laisser la vie où tu cherches à vivre.

SOSIE

Quel chemin , quel dessein , quel conseil dois-je suivre , Sosie infortuné?

MERCURE

Spsie ?

Arrête, non; Battu , froissé , meurtri y ces titres sont mon nom ;- Puisque je n'ai tendons, muscles, veines, artères. Où ce nom ne se lise en sanglans caractères ; Nom fatal, nom maudit, dont ton bras est parrain.

MERCURE

Appelles-tu maudit un présent de ma main ?

" SOSIE

Ah! garde tes présens, porte ailleurs. tes caresses; En faveur de quelque autre étale tes largesses : Ta libérale humeur outrage en s'exerçant. Et le bien que tu fais accable en se versant.

IVIERCURE.

Adieu; quand tu voudras, ce bras à ton service Te fournira toujours une heure d'exercice.

( Il sort.)

SOSIE, seul.

Le ciel, traître, sur toi répande tes bienfaits, Et lui sois-tu l'objet des offres que tu fais! Cesse , ma patience ; éclate , ma colère ; Il m'est honteux de craindre et lâche de me taire :

44^ Lf S SOSIES,

Reviens, qui que tu sois, ou sorcier, ou démon;

Reviens, oui, je soutiens que Sosie est mon n(Hn.

Ah ! de quelle fureur est mon âme saisie !

Oui, je suis une, deux, trois, quatre fois Sosie:

L'oserois-tu nier? que dis-tu là-dessus?

Tu recules, poltron, et tu ne parois plus?

Tu l'emportes d'adresse , et sais que mon courage

Se résout lentement à repousser Toutrage;

Mais lorsque ma colère est prête d'éclater.

Lâche 9 tu disparois et sais bien l'éviter.

Enfin, que résoudra ma créance incertaine?

Au lieu de dissiper, le temps accroît ma peine,

Et je commence enfin , non sans quelque raison ,

A douter qui je suis, d'où, de quelle maison:

Car pour quel intérêt voudroit m'ôter mon être ,

Ce Sosie inconnu qui me fait méconnoître ?

M'envîroit-il un sort dont les fruits les plus doux

Sont des veilles, des soins, des jeûnes et des coups r

Non , mon cerveau , trQublé de quelque frénésie ,

S'est à tort imprimé ce faux nom de Sosie ,

Ce nom qui , malheureux entre tout autre nom ,

Comme l'ambre la paille , attire le bâton.

Mais quoi ! qui suis-je donc ? Ah I cette ressemblance

Tient à tort si long-temps mon esprit en balance:

Convainquons l'imposture, et conservons mon nom;

Soyons double Sosie au double Amphitryon.

Malheureux que je suis, par une loi commune,

Cherchons le malheureux et suivons sa fortune ;

Compagnon de son sort partageons son souci;

S'il périt, périssons; s'il vit, vivons aussi.

(Il sort.)

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