‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 339 sur 437 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

LÉOCADIE

La tristesse éloquente est bien loin d'être extrême ; Qui parle se possède , et qui se défend s'aime. Pour moi, triste, égarée, et qui ne m'aime plus, Je ne fais rien produire à mon esprit confus , Et laisse indifïerens , et le blâme et l'estime , Tant me soit l'un ou l'autre injuste ou légitime.

ALE:(AirDRE.

Il est vain de répondre , ou si visiblement

Qui parle contre soi soi-même se dément*

D'abord que votre voix, portée à mes oreilles ,

M'a procuré le bien de voir tant de merveilles,

A cet arbre importun où vos bras attachés

Laissoient sous la douleur vos plus beaux traits cachés;

Dès ce premier abord, quoique votre naissance

Et votre sexe alors passât ma connoissance.

L'état où vous étiez n'a pU tromper mes yeux ,

Et je vous ai jugée un chef-d'œuvre des cieux i

Il est certain qu'alors vos soupirs et vos larmes

Aidoient pour me toucher le pouvoir de vos charmes ,

Et que sur vos attraits passant légèrement ,

J'en volois à mes yeux le plus doux ornement:

Mais depuis que je tiens du rapport de mon frère

L'assurance du sexe où je vous considère,-

Et que je vous t;onçois, non comme ce matin y

Attachée à ce tronc, plaignant votre destin,

Mais comme une merveille à nulle autre seconde ^

Qui se peut asservir les cœursede tout le monde,

Ce n'est plus la pitié qui prend votre intérêt,

Mais la secrète loi d'estimer ce qui plaît.

D'une grande beauté k puissance est si grande

5ao LES DEUX PUCELLES,

Cet importun enaui ne se peut-il distraire? ' Avez-vous quelque obstacle à vos desseins contraire. Qui doive de ces pl^y mouiller de si beaux yeux? Mais que vois-je ? fuyons , tirons-nous de ces lieux»

Page 1