ACTE V, SCÈNE II
i^iocKjyi'E^Jèignaht de se défendra.
Quqi ! quatre contre un seul? Quel bras et quelle adresse Ne céderoient au nombre? Épargnez ma jeunesse.
PREMIER ARGUER
Rends cette arme , yoleur.
LÉOGADIE.
Moi-même je me rends Sous l'asile assuré qu'en vos bontés je prends , Et sous l'espoir que j'ai d'y trouver quelque grâce Contre la cruauté dont te sort me menace. Des crimes ont souvent du leur rémission A l'ingénuité de la compassion ; Elle ôte à la rigueur beaucoup de violence , Et fait à la justice abaisser sa balance: Que la mienne sur vous obtienne cet effet, Prête à ne réserver crime que j'aye fait.
PREMIER ARGHER.
C'est la plus courte voie à la miséricorde : Cherche en elle ce bien que tu veux qu'on t'accorde , Assuré pour un point que ta jeunesse en nous Trouve des naturels et sensibles et doux.
LÉOGAOIE.
D'humeur encline au vol dès mon âge plus tendre , Et la main toujours prompte où je trouvois à prendre , J'ai pris telle habitude à cette lâcheté Que j'en ai fait d'un vice une nécessité, Jusques à l'exercer sur mes propres complices; Et, comme un vice enfin engendre d'autres vices ^ J'ai joint avec le temps Thomii^ide au larcin, Et je suis devenu de voleur assassin :
Tel j'ai depuis deux, ans couru toute l'Espagne ^
Tantôt voleur de ville, et tantôt de campagne;
Souvent accompagné , seul assez rarement ,
Traitant sexe , âge , amis , tout indifTéremment.
Si je m'en ressouviens , je crois que mon épée
S'est au sang innocent quinze ou vingt fois trempée ;
Tous mes coups toutefois n'ont pas porté la mort :
De cinq ou six au plus j'ai terminé le sort.
Hier le jeune Adorne^ habitant de Sévillcao
PREMIER ARCHER
Chacun connoît assez son illustre famille»
LÉOGADIE.
Surpris seul dans un bois proche de Castelblanc , Me voulut résister aux dépens de mon sang. Deux de mes compagnons m'aidant à cette office ^ Nous l'avons à la mort offert en sacrifice.
( Montrant des perles et des diamans.)
Encore deux marchands, égorgés ce matin ^
A quelques pas d'ici m'ont laissé ce butin;
Et les dieux ont voulu que, surpris sur la place',
Votre miséricorde eût matière en ma grâce«
Ife la déniez pas à ma confession.
Et que mon repentir soit ma punition.
PREMIER ARCHER
Ma prière employée auprès de la justice Peut, sinon divertir, modérer ton supplice: Suis-nous donc , assuré qu^ays^nt fait mon devoir^ Je te rendrai des soins égaux à mon pauvoir.
Quel que soit mon arrêt, tant soit-il charitable, Je vois bien que la mort ne m'est pas évitable ;