LYDIE, OCTAVE
LYDIE
Jd h bien , avec tant d'art ^ avec ce soin extrême , Ressemblerai-je à Laure ?
OCTAVE
Oui, comme Laure même; Avec ce vêtement , cette taille , ce port , Et ce grave maintien qui l'imite si fort, Avec ces assassins, cette poudre, ces mouches, Et ce souris fatal aux cœurs les plus farouches , Si tu prends peine encore à bien feindre sa voix, Le prince entre vous deux hésiteroit au choix; Outre aussi que la nuit, fidèle secrétaire Des fourbes des amans , aidera ce mystère. L'art a mis à propos ce cabinet chez vous. Qu'une fenêtre basse expose aux yeux de tous, Qui de tous les passans rend et reçoit la vue : C'est là qu'il faut, Lydie, attendre ma venue, Tome IIL 33
Et quUi faut essayer l'artifice amoureux
Qui promet du repos et pour nous et pour eux.
Moi j'attends ici Laure, et l'ayant introduite
Et laissée en sa chambre oii je l'aurai conduite ^
Avec avis exprès de ne paroître pas ,
De crainte que le roi n'adresse ici ses pas j
Je viens au cabinet où joûra l'artifice
Qui rend à ces amans ce favorable office,
LTDIE.
Mais quel office enqor? je ne le comprends point? Beaucoup d^art, sans mentir, à ce mystère est joint.
OCTAVE
Eh quoi! ne sais-tu pas où Laure en est réduite? Peut-elle d'un monarque éviter la poursuite , Tandis qu'il la croira nourrir ses premiers feux^ Songer encor au prince et' recevoir ses vœux? Ce qu'il ne croira plus s'il apprend qu'elle m'aime.
LYDIE
Maïs pourquoi, l'abusant, abuser Laure même, Et ne lui dire pas le plaisir qu'on lui fait?
OCTAVE
Afin de n'ôter pas le. mérite au bienfait, Qui a étant point promis pbjige davantage; Outre que cett^ fille, aveq ce grand couragç Qui donne ujo. vol si haut à ses prétentions , Verroit qu'on fproit tort à ses affections , Et, brûlant d'une fiamme et si Qoble et si belle, Ne voudi^o^it pas, souffnV qu'oa la crût infidèle.