ACTE III, SCÈNE XIII. 6ii
ORANTJÉE^ à OctWe.
(A Laure.)
Mon cher Octave! Infôme!
LAURE
En cet étonnement Je demeure interdite et perds tout sentiment. Quoi donc! à tant d'amour succède tant de haine? Ah! faites que je meure, ou me tirez de peine.
CRANTÉE.
Non , non , il faut encor signaler vos appas ; Il importe beaucoup que vous ne mouriez pas« Il reste à ces beaux yeux des libertés à prendre, Et leur emjpire encor a bien loin à s'étendre : Ne leur ôtez donc pas la lumière du jour, Vivez pour notre gloire et pour celle d'Amour. Cependant ne craignez ni moi ni ma fortune, Et n'appréhendez plus que je vous importune ; Je voudrois seulement, vous rendant votre foi, Certaine gages d'amour que vous avez de moi ; Ces gens les recevront, ordonnez qu'on les rende: Ce n'est pas que la perte en effet en fût grande ; Mais ces tristes objets pourroient à l'avenir Vous affliger l'esprit de quelque souvenir; £t je veux que le temps efface notre histoire, Et vous ôte de moi jusques à la mémoire.
LAURE
Seigneur, ne tirez pas des pleurs que je répands
La preuve de ma vie, attende2f-la du temps:
C'est à son seul pouvoir qu'appartient la défense
Et de ma passion et de mon innocence.
Je suivrai cependant l'ordre que je reçoi,
6ia LAURE PERSÉCUTÉE,
Et vous renverrai tout sans reprendre ma foi; L'effort que j'en ferois seroit bien inutile; La résolution n'en est pas si facile.
Heureux qui comme vous en peut user ainsi, Qui se peut engager et dégager aussi ! Pour moi je n'obtins pas ce bien de la nature ; Je ne vous oublîrai que dans la sépulture ; Et si l'on aime encor séparé de son corps Vous aurez une amante en l'empire des morts.*
(Elle sort.) ORANTis.
Hélas! à mes regards l'ingrate s'est ravie. Allons, sortons d'ici, j'y laisserois la vie. Je sens bien que mon mal sera sans reconfort , Et que ma guérison n'appartient qu'à la mort.
FIN DU TROISi:èM£ ACT£.