ACTE V, SCÈNE X
Qu'on remarque en ce front peint si visiblement. Quel est donc cet arrêt ?
l'infante.
Sachez-le par la bouche Du beau couple amoureux à qui TafTaire touche ; Et qu'il baise les mains à votre majesté D'un hymen confirmé par son autorité.
( Oranl^ ei Laurc se jettent aux pkds du» roi.)
CRANTEE.
A notre amour enfin serez-vous exorable , Ou contredirez -vous cet arrêt favorable? S'il vous souvient du pacte entre nous arrêté , Son succès sollicite encor votre équité ; Car Laure est innocente^ et j'ai su l'artifice Par qui l'on me rendit un si mauvais office^
LE ROI
Lâche persécuteur du repos de mes jours, Traître! que je souscrive à tes folles amours? Non , non , tu t'es flatté d'une attente frivole , Et la surprise ici dispense ma parole :
Une fille inconnue asservir sous ses lois
Ah ! le courroux m'emporte et m'empêche la voix.
l'infante.
Eh bien , Laure , monsieur , n'étant point son épouse, Obtiendra-t-il ma sœur?
LAURE
Je n'en 3uis point jalouse.
LE ROI
Par la proportion des maisons et du rang, Ou vous ou votre sœur bonoreriess mon sang.
L'l]fFA.KTE.
Que Laore obtienne donc llieur de votre alliance ; Dedans un même flanc nous avons pris naissance. Mais «ne vous obligez quavec condition D'être au long informé de son extraction.. Le sort dès sa naissance eut dessein sur sa vie: MaU ma mère empêcha qu'elle lui fût ravie. Et la commit au soin de ce sage vieillard Qui me rend cet écrit qu'il gardoit de sa part«
(Le roi lit la lettre.)
Daignez donc i, ma sœur accorder cette gloire ^ Et tantôt plus au long vous saurez cette histoire.
LE ROI
Par quel autre sujet d'un juste étonnement Puis-je être plus surpris et plus heureusement î Oui, vous me forcerez par cette connoissance , Et certes sa vertu témoigne sa naissance. Mais quel événement suivra votre dessein ?' Puis-je voir sans regret votre voyage vain ?
ORANTiE.
Le succès peut passer le dessein qui l'amène ; Faites un double hymen, donnez-nous une reine.. Votre lumière ici jette encore un beau jour, Et ne vous exclut pas des mystères d'amour.
LE ROK
Beau charme des esprits, puis-je sans vous déplaire Offrir à votre empire une âme tributaire; Et le blanc qui commence à teindi^e mes cheveux, IXe joint-il point la honte à l'offre de mes vœux ?
l'infaute.
A qui ne seroit chère* une faveur si rare? -