‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 69 sur 437 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

CLARIMOND, THERSANDRE-

CLARIMOiri).

Qqe ce ne soit orgueil, mépris, ni perfidie,

Je la perds toutefois , que veux-tu que je die?

Ne me plaindrai-je pas? dois-je bénir mon sort,

£t voir sans déplaisir l'appareil de ma mort?

Je lui reproche à tort le titre d'infidèle :

Un diadème au front fait l'inconstance belle;

Et ce point, cher Thersandre, augmente mon malheut*,

De sentir et n'oser témoigner ma douleur.

Le temps modère tout ; mais perdre Parthénie ,

Le désir et l'espoir de toute l'Albanie,

Et que les dignités emportent sur l'amour

Cet objet le plus beau qui respire le jour.

C'est là que la constance excède le courage;

Ce sensible accident est un objet de rage.

THERSANDRE

Mais vos efforts sont vains contre sa majesté , Et vous devez céder à la nécessité.

CLARIMOND

Si je pouvois au moins lui reprocher ma peine

Et la nommer ingrate , insensible , inhumaine ,

J'aurois en mon malheur quelque soulagement;

Mais je souffre ^ et no puis me plaindre justement:

Elle quitte l'Amour pour suivre la Fortune;

L'un lui seroit plus doux,mais l'autre est moins commune;

Où brille son éclat ce dieu n'est plus connu :

La Fortune est parée , et l'Amour va tout nu.

I lo L'INNOCENTE INFIDÉLITÉ,

/- THERSANDBE.

Ces extrêmes regrets , cette plainte assidue ^ Témoignent un grand droit de l'avoir prét^idue. Reçut-elle jadis votre indination , Et fi^t-elle sensible à votre affection ?

ÇLA&IMOITD.

Autant à ce doux air que porte la lumière Sont sensibles les fleurs de la saison première. Jamais telle union n'engagea deux esprits; Nous étions l'un de l'autre et l'objet et le. prix; Elle baisoit ses fers , je vantois mon servage, Et notre affection croissoit comme notre âge. De tout obstacle enfin nos feux étoiept vainqueurs ; L'Amour alloit unir nos corps comme nos cœurs , Lorsque cette beauté si rare et si charmante Fit briller à la cour sa lumière naissante. Là , cet aveugle enfant qui lui donna ma foi Du trait qu'il m'a tiré blessa le cœur du roi ; Là 9 ces foudres d'amour qui n'épargnent personne Mirent la servitude avec une couronne ; Elle vint chez le roi, le vit et le vainquit; Et mon espoir mourut quand son désir naquit.. On célèbre aujourd'hui ce fatal hyménée ; Telle est de mon amour la triste destinée.

THERSANDRË.

Si vous fûtes unis d'un accord si parfait ,

Le temps à vos désirs produira qtielque effei:.

Que voit- on que l'hymen ne permette de faire

Si l'inclination n'établit ce mystère?

Vous possédez son cœur quand il pare son front ;,

Elle épouse le roi , mais aime Clariniond.

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