ACTE IV, SCÈNE III
Ont paru dans la plaine et fait voir sur leur face Aux ennemis tremblans leur martiale audace. Les deux camps approchés , enfin ce jeune Mars S'étant saisi d*ardeur d'un de nos étendards, Pour exciter encor nos vigueurs raffermies, Le lançant dans les rangs des troupes ennemies : c Retirons, a-t-il dit, cœurs nobles et vaîllans, i Les drapeaux d'Aragon des mains des Castillans ; 3 Donnons , mes compagnons, d  ce mot il s^avance ; Le cimeterre en main comme un foudre s'élance, Et, sans rien redouter, passant de rang en rang, A tout le camp «jui suit fraie un chemin de sang : Tout l'obstacle où nos bras lancent notre tonnerre, Contre notre valeur ne semble que du verre. A* ce choc , l'ennemi , déjà demi-détniit Par l'incommodité du travail de la nuit , Défend si foiblement et sa vie et sa gloire, Qu'il semble, hors d'espoir, négliger la victoire, Et nous vouloir ôter, prévoyant son malheur, La gloire que l'obstacle apporte à la valeur. Ce noble oœur enfin, pour presser sa conquête, Du premier qu'il rencontre ayant tranché la tête. Et l'exposant en vue à tous les deux partis : t Le ciel , dît-il , est juste et nous a garantis ; > Ce bras de don Cirlos vient d'expier l'audace. » Le sang" des ennemis à ce discobrs se glace , Et les plus fiers, du sort détestant Id rigueur, A peine pour la fuite ont assez de vtgueur. Tout nous fait jour, tout pl6i6, et par ce stratagème. Notre victoire arrive à sa giciirè suprêihe. le n'ose votis nommer ce démon des combats ; Maôs je le nomme asses en ne le nommant pas^,
i48 DON BEMARD D£ CABRERE, Et n'en puis mieux parler que par la violence . . Qui me ferme la bouche et m'oblige au silence.
BON PÈDRE, à Fïolante.
C'est assez le nommer que de taire son nom.
VIOLAITTE.
Certes , sa modestie est sans cofnparaison.
LionfOR, à part.
O vainqueur fortuné que le ciel me destine , Que ne peut point ton bras, si ton œil assassine! ..
DOK PÈDRE.
Ce que vous avez dit , et que vous avez tu , M'apprend de ce soldat le nom et la vertu; Et mon foible pouvoir sait trop à quoi l'invite ;
L'inestimable excès d'un si rare mérite. ' ,
wioIjAISTe^ à part. '
Mon cœur est le seul prix digne de sa valeur.
noir LOPE, à Lazarille.
Ma patience enfin lassera mon malheur. ^.
LAZARILLE
Ménagez donc le temps et vous ;^tes connoitre.
DON LOPE
Attendons que le roi m'ordonne de paroître.
DON BERNARD
Don Nugne et don Beniard, en ce dernier combat, • De leur zèle ordinaire ont servi votre état; . .
Et peu dans cette histoire ont nûeu^ g^^é leur place.,
DON iPàDEE. .
Deux comtés leur seront des arrhes de ma grâce. ; . Mais je cherche , amiral, et ne vois point de quoi. .. «:. M'acquitt^r enyers vous de ceque je vou3 doi. >. »!£• '
^ ACTE lY, SCENE III. ^49
DOIT BBmVARD.
Sans plus rêver , seigneur , ce penser vous acquitte , Que de l'heur d'être à vous dépend tout mon mérite ; Que c'est de vos bontés (jue je tiens tout mon bien ; Que je suis aujourd'hui , (ju'hier je n'étois rien ; Que mon destin sans vous n'a que l'éclat du verre ; Et qu'ayant comme Dieu fait un homme de terre , Gomme Dieu quelque jour vous le pourrez chasser Et de votre présence et de votre penser.
DON PÈDmE.
Paissé-je à son courroux être à jamais en butte , Et mon trône tomber le jour de votre diute! Je connois ma foiblesse, et sais que je ne puis Faire rien d'immortel, mortel comme je suis; Mais je mettrai mon heur et ma gloire suprême A me fiûre un vassal plus puissimt que moi-même , Et voir, par l'union que produiront nos vœux, Douter à l'Aragon qui régnera des deux, Puisque ma passion , après tant d'aventures , Comme votre vertu doit être sans mesures.
VIOLANTE, à part.
Sans moi je le crois pauvre avecque tant de bien. Et ne me donner pas c'est ne me donner rien.
LEON OH, à pari.
Ses bienfaits sont trop peti pour son mérite extrême , S'il ne lui fait encore un présent de moi-même.
(lU sortent toas, excepté don Lope et Lazarille.)
DON LOPE y. à part.
Quoi! de tant de fumée il flatte mon espoir, Et plein de mon estime il s'en va sans me voir ?
i5o DON BERNARD DE GABRÈ'RE, Quoi ! d'une telle amour j'^se naulrir Tattente , Et ne me puis vanter d'un regard de l'inËuçite , Moi qui do^ i^wi3 du £rère et des yeux de la s<eur M'étqisit ^ ce retour ,. promis tant d^ douceur! Est-ce que l'un dîiïère et l'autre dissimule? Mais, 6 frivole espoir! vanité ridicule! L'un avec tapt d'estime ^ et l'autre tant d'amour ^ N'autoient pa& d'un regard honoré mon retour. Mais voici....