‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc]Chapitre 106 sur 432 · SCÈNE IL VIOLANTE, DON BERNARD · texte numérisé non relu

SCÈNE IL VIOLANTE, DON BERNARD

VIOLAVTE.

Quoi! me fuir, anûraf! Quoi! vouloir m'éviter! Âi-je des qualités à tant épouvanter?

DON BERlfARD.

Vous rêviez, et J'ai cru que quelque inquiétude Vous G^Iigeoit , madame , à cette solitude.

VIOLAITTE.

II est vrai , mais vous seul me pouvez relever

Du soin qui m'inquiète et qui me fait rêver.

Aujourd'hui, don Bernard, que la cour vous contemple,

Dans le plus haut éclat d'un héros sans exemple;

Qu'on vous voit avec joie autant et plus puissant

Que fut jamais vassal d'un roi reconnoissant;

Que l'un et l'autre sexe en votre heur s'intéressent,

Les dames sont en peine à qui vos vœux s'adressent ,

Et quels heureux appas , en la guerre des cœurs ,

Remporteront sur vous le titre de vainqueurs;

Car ne voudriez pas qu'on vous crût invincible

A la force d'un sexe à qui tout est possible,

Qm se peut tout soumettre , et de qui les regards

Forçoient les Scipions et domptoient les Césars.

Cet honneur s'étant donc Êtit tant d'ambitieuses ,

Moi, comme la plus jeune et des plus curieuses,

J'ai voulu me charger de la commission

De leur faire savoir votre inclination ;

Et c'étoît le sujet de mon inquiétude.

i6o DON BERNARD DE GABRÉRE,

N'y rencontrera point un cœur plus débonnaire ;.

La vertu rebutée, après tant de mépris,

Sans ternir son éclat peut demander son prix. .

Je poturrois^ il est vrai, passer pour téméraire

Si je vous proposois une vertu vulgaire : .

Mais la mienne est célèbre, et peu, sans vanité.

Ont fait ce que j'ai fait pour votre majesté ;

Et j'apprends toutefois, pour toiit fruit. dé mon zèle.

Que vous me soupçonnez du titre d'infidèle.

Moi traître ! moi perfide ! En quoi , rôi d'Aragon ,

D'une tache si noire ai^je. souillé mon nom.

Et mérité de vous l'injuste violence

Qui veut l'ensevelir dans la nuit du silence?

DOW PÈDRE

Que veut cet homme ?• O ciel !

DON LÔPE.

Homme ! oui , sans me flatt C'est une qualité dont je me puis' vanter : Oui, seigneur, j e suis bomme, et quelquefois plus quliomi Quand je crois trop l'ardeur qui pour vous me consomi Et quand dans les dangers. ou Ton. me voit courir Je crois être immortel, et ne pouvoir périr.. ^ .. -i

Jugez quel embarras me causoit sa rencontre?

DOW LOPE. . .: . !

Juste ciel ! ^ :

DOW PÈDRE

;Est41 fou?

VIOLAWTE.

Son geste vous le montre.

i ACTE V, SCÈNE IV. i6i

DON LOPE, s^approchant de don Pedre.

Mon mauvais sort, grand rol.«..

DON PÈDRB, se retirant.

Passe. Que me veux-tu?

DON LOPE, apa/rt, A quelle épreuve , ô cieux , mettez-vous nria vertu !

(A don Pédre.)

Si de Taboid des rois le mérite est indigne.*..

DON PÀDHE.

Gardes , mettez-le hors ! O la folie insigne!

PEEMiER GARDE , le tirant pat les épcudes.

Tôt dehors.

DON LOPE, à part.

O mon cœur, ô mes bras indomptés, .Vous m'avez procuré de belles qualités ! Pour avoir si bien fait notre fortune est grande ! Quand on sert on est sage , et fou quand on demande.

(Ik sortent tous» excepté don Pédre et Violante.)

Ce ibu peint par ces mots mon destin "^rigoureux , Bt me fiiit le portrait .de moi-même amoureux. ^ brûle sans espoir, je sers sans récompense; Con service est souffert, et ma prière offense; -«'état , ma cfaière sœur , où Dieu m'a destiné , <>mme je le régis, m'a toujours gouverné; ^ régnant^ j'ai suivi les lois <{u'il m'a données, 'ai dans ses intérêts mes passions bornées : e les épousois seuls; mais aujourd'hui l'amour, lus absolu que lui, veut régner à son tour; ne peut plus souffrir qu'en l'ardeur qui me presse Tome V. "

i6a DON BERNARD DE CABRÈRE,

Il contraigne son maître au choix de sa maîtresse ,

Et, disposant de moi y fasse d'un potentat

Moins un prince en effet qu'un serf de son état.

En cette passion l'intérêt dé Gabrère,

Seul préférable au mien, pourroit m'être contraire.

A quoi que Léonor me réduise aujourd'hui,

Ses mépris me plairoient , $es vœux étant, pour lui ,

Et mon respect iroit jusqu'à la déférence ,

De pouvoir en amour souffrir sa préférence.

VIOLÀITTE. .

Ah! vous pouvez, seigneur, élever un vassal - Au rang d'un favori, mais non pas d'un rival : Si ce respect en vous trouvoit tant de foiblesse, . S'il étoit si puissant près de votre maîtresse, A quel point son pouvoir ne s'étendroit-il pas Et dessus vos sujets et dessus vos états?

DON PÈDRE

Dedans les sentimens que sa vertu mHnspîrc, = ' ■ Lui pouvant aussi-bien déposer mon empire , • Que la prétention d'un objet amoureux , Je voudrois couronner son front comme ses yeux. '. Sondons de qui son cœur reconnoît la puissance^ ul Pour m'en faire une loi d'espoir ou de défense, ir^

(Ilgort.) \f

VIOLJJTTE, seitie. .:;:■

Enfant père des arts, ingénieux tourment, f

Fais régner ma rivale et m'acquiers mon amant..

(Ellesort.) .»

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