DON BERNARD, DON PÈDRE, LE COMTE
PÉRÈS, Gardes.
DON PÈDRE, à part.
Le voici : prévenons ou sondons son attente.
(A Pér^.)
Amenez Léonor; et vous, comte, l'infante.
(Përàs et le comte sortent.)
Approchez, don Bernard, de ce fameux état
Première créature et second potentat.
Le ciel , qui pour mouvoir a besoin des deux pôles ,
i68 DON BERNARD DE CABRÈRE, Veut que pour bien régner j'emprunte vos épaules^. Et que te lourd fardeau de mon gouvernement Sur vous comme sur moi trouve son mouvement.
DOIT BERNARD
Sans réserve, seigneur, je dois tout à l'empire ; Mais sous Tautorité du jour où je respire-, Sous vos droits absolus mes ordres sont soufferts. Mais bien différemment : vous régnez et je sers. Un vassal peut d'un roi^ soutenir la puissance ; Mais, a'il se la partage, il prend trop de Ucence;, Et quand de tant d'honneurs il se laisse combler,, Il se charge d'un &ix qui le doit accabler. Quand d'un œil trop ardent le soleil voit la terr^,. Le ciel s'en obscurcit, il s'en forme un tooifêrre,^ Et par l'excès d'ardeur qu'il a mal employé^ L'objet qu'il caressoit est souvent foudroyé. Peu de pluie en saison rend la terre fertile , Ou trop d'eau la submerge et la rend inutile. Dans vos faveurs enfin laissez-moi souvenir Que, sorti du néant, je puis y revenir,
DON PÈDRE
Si je ne vous diéris d'un amour ordinaire ^ Je n'aime pas en vous une vertu vulgaire , Et la veux couronner par un hymen fameux , Où même votre choix n'épargne pas mes vœux* Sans réserve voyez pour cet hymen insigne • Tout ce qu'à vos regards la cour a de plus digne , Tout ce que l'Aragon a de plus éclatant ; Le présent n'en suivra vos vœux que d'un instant.
DON BERNARD
Leur vol trop orgueilleux m'oblige à les restreindre.