ACTE IV, SCÈNE lll. i
VBlf€ESLAS.
D'un trouble si confus un esprit assailli Se confesse coupable , et qui craint a failli. N'avez-vous point eu prise avecque votre frère ? Votre mauvaise humeur lui fut toujours contraire, Et si pour l'en garder mes soins n^a voient pourvu
LADISLAS
H'a-t-il pas satisfait? Non, je ne Tai point vu.
V£NCESLAS.
Qui vous réveille donc avant que ia lumière Ait du soleil naissant commencé la carrière?
LADISLAS
NWz-vous pas aussi précédé son réveil ?
VENCESLAS
Oui, mais j'ai mes raisons qui bornent mon sommeil. Je me vois, Ladislas, au déclin de ma vie. Et sachant que la mort l'aura bientôt ravie , Je dérobe au sommeil , image de la mort , Ce que je puis du temps qu'elle laisse à mon sort : Près du terme &tal prescrit par la nature , Et qui me £aiit du pied toucher. ma sépulture , De ces derniers instans dont il presse le cours , Ce que j'ôte à mes nuits je l'ajoute à mes jours. Sur mon couchant , enfin , ma débile paupière Me ménage avecque soin ce reste de lumière ; Mais quel soin peut du lit vous chasser si matin , Vous à qui l'âge encor garde un si long destin ?
LADIBLAS.
Si vous en ordonnez avec votre justice ,
Mon destin de bien près touche son précipice :
a36 VENCESLAS,
Ce bras , puisqu'il est vain de vous déguiser rien , A de votre couronne abattu le soutien : Le duc est mort, seigneur, et j'en suis l'homicide; Mais j'ai dû l'être.
VEirCESLAS.
O dieu! le duc est mort, perfide!
Le duc est mort, barbare! et pour excuse enfin Vous avez eu raison d'être son assassin! A cette épreuve , ô ciel , mets-tu ma patience ?