‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc]Chapitre 157 sur 432 · ACTE IV, SCÈNE V. aSg · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V. aSg

Cette adresse a trompé jusqu'à nos domestiques ;

Mais craignant que le prince, à boAt de ses pratiques.

Comme il croit tout pouvoir avec impunité.

Ne suivit la fur^n: d'un amour irrité ,

Et dessus mon honneur osât trop entreprendre;

Nous crûmes que l'hymen pouvoit seul m'en défendre ;

Et l'heure prise enfin pour nous donner les mains,

Et, bornant son espoir, détruire ses desseins,

Hier déjà le sommeil , semant par tout ses charmes....

(En cet endroit, seigneur, laissez couler mes larmes,

Leur cours vient d'une source à ne tarir jamais. )

L'inÊuit, de cet hymen espérant le succès.

Et de peur de soupçon arrivant sans escorte,

A peine eut mis le pied sur le seuil de la porte.

Qu'il sent pour tout accueil une barbare main

De trois coups de poignard lui traverser le sein.

VENCFSLAS.

0 Dieu ! l'infant est mort !

LADISLAS, à part.

O mon aveugle rage , Tu t'es bien satis£adte, et voilà ton ouvrage!

(Le roi «^assied et met son mouchoir sur son visage.)

CAaSAKBRE.

Oui, seigneur, il est mort, et je suivrai ses pas

A l'instant que j'aurai vu venger son trépas.

l'en connois le meurtrier, et j'attends son supplice

De vos ressentîmens et de votre justice :

C'est votre propre sang, seigneur, qu'on a versé,

Votre vivant portrait qui se trouve efïacé.

J'ai besoin d'un vengeur, jfe n'en puis choisir d'autre :

Le mort est votre fils , et ma cause est la vôtre ;

24o VENCESLAS,

Vengez-moi, vengez-vous, «t vengez un époux Que, veuve avant Hiymen, je pleure à vos genoux. Mais apprenant, grand roi, cet accident sinistre, Hélas! en pourriez-vous soupçonner le ministi^? Oui , votre sang suffit pour vous en faire foi :

(Montrant Ladislas.) '

Il s'émeut, il vous parle et pour et contre soi : Et , par un sentiment ensemble horrible et tendre, Vous dit que Cadislas est meurtrier d'Alexandre. Ce geste encor, seigneur, ce maintien interdit, Ce visage effrayé, ce silence le dit; Et, plus que tout enfin, cette main encor teinte De ce sang précieux qui fait naître ma plainte. Quel des deux sur vos sens fera le plus d'effort. De votre fils meurtrier ou de votre fils mort? Si vous étiez si fpible, et votre sang si tendre. Qu'on l'eût impunément commencé de répandre. Peut-être verriez-vous la main qui l'a versé Attenter sur celui qu'elle vous a laissé : D'assassin de son frère il peut être le vôtre ; Un crime pourroit bien être un essai de l'autre : Ainsi que les vertus, les crimes enchaînés. Sont toujours ou souvent l'un par l'autre traînés. Craignez de hasarder, pour être trop auguste. Et le trône et la vie, et le titre de juste. Si mes vives douleurs ne vous peuvent toucher. Ni la perte d'un fils qui vous étoit si cher , Ni l'horrible penser du coup qui vous la coûte , Voyez, voyez le sang dont ce poignard dégoutte;

( Elle tire un poignard de sa manche.)

Et, s'il ne ne vous émeut, sachez où l'on l'a pris: Votre fils l'a tiré du sein de votre fils ;

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