‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc]Chapitre 165 sur 432 · ACTE V, SCÈNE iV. lii · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE iV. lii

^ VEirCESLàS.

Armez- vous de verlu, vou» en avez besoin.

LADISLAS

S'il est temps de partir, mon âme est toute prête.

V«NG£SLAS.

L'échafietud Test aussi , portez-y votre tétc.

Plus condamné que vous , mon oœur vous j suivra ;

Je mourrai plus que vous du coup qui vous tûra ;

Mes larmes vous en sont une preuve assez ample;

Hais à l'état enfin je dois ce grand exemple ,

A ma propre vertu ce généreux effort ,

Cette grande victime à votre frère mort :

l'ai craint de prononcer autant que vous d'entendre

L'arrêt qu'ils demandoient et que j'ai dû leur rendre.

Pbar ne vous perdre pas j'ai long-temps combattu ,

Mais, ou l'art de régner n'est plus une vertu ,

£t c'est une chimère aux rois que la justice,

Ou régnant , à Tétat je dois ce sacrifice.

LADISLAS

Eh bien , acheve^le , voilà ce cou tout prêt. Le coupable , grand roi , souscrit à votre arrêt ; le ne m'en défends point, et je sais que mes crimes Vous ont causé souvent des courrou;^ légitimes, le pourrois du dernier m'excuser sur Terreur D'un bras qui s'est mépris et crut trop ma fureur : Ha haine, et mon amour qu'il vouloit satisfaire, Portoient le coup au duc et non pas à mon frère : falléguerois encor que ce coup part d'un bras Dont les premiers efforts ont servi vos états , £t m'ont dans votre histoire acquis assez de place Pour vous devoir parler en faveur de ma grâce :

!>fti VENCESLAS,

Mais je n'ai point dessein de prolonger mo^ sort ;

J'ai mon objet à part à qui je dois ma mort :

Vous la devez au peuple, à mon frère, à vous-même;

Moi je la dois, seigneur^ à l'mgra^e que j'aime;

Je la dois à sa haine , et m'en veux acquitter :

C'est un léger tribut qu'une vie à quitter;

C'est peu pour satisfaire' et pour plaire à Cassandrc,

Qu'une tête à donner >t dû "sang à répandre ;

Et, forcé 'de -ranmer jus(|ti*aû dernier soupir^ '

Sans avoir pu Vivant répondre à ^on' désir, '

Suis ravi de savoir que tna. môrty répoiide,"

Et que mourant je plaise aux plus beaux ycfux dii' monde.

VENCESLAS

A quoi que votre cœur destine votre mort , Allez vous préparer à cet illustre effort ; Et pour les intérêts d'une mortelle flamme, Abandonnant le corps-, n'abandonnez pas l'âme. Tout obscure qu'elle est, la nuit a beaucoup d'yeux, Et n'a pas pu cacher votre forfait aux cieux,

(Il l'embrasse.)

Adieu , sur l'échafaud portez le cœur dii prince ,

Et faites-y douter à toute là province

Si , né pour commander é^'destiné si haut ,

(Le roi frappe du pied pour faire venir le duc.)

Vous mourez sur un trône ou sur un échafaud. . . ».;

(Fëderic entre ayec les gardes.) .

Duc , remmenez le prince.

^ LADISLAS

O vertu trop sévère, ;:

Venceslas vit encor, et je n'ai plus de père!

(Il sort.)

Page 1