ACTE IV, SCÈNE II
Mais quand il a connu nos prières, nos peines, Les larmes de la femme et son attente vaines, L'oeil ardent de colère et le teint pâlissant : c Amenez, a-t-il dit d'un redoutable accent,
> Amenez ce perfide en qui mes bons offices
> Rencontrent aujourd'hui le plus lâche des vices; » Et que l'ingrat apprenne à quelle extrémité
> Peut aller la fureur d'un monarque irrité. ».. Passant de ce discours s'il faut dire à la rage,. Il invente , il ordonne , il met tout en usage , Et si le repentir de ton aveugle erreur
N'en détourne l'effet et n'éteint sa fureur
ADRIEN
Que tout l'effort, tout lart, toute l'adresse humaine S'unisse pour ma perte et conspire à ma peine : Celui qui d'un seul mot créa chaque élément , Leur donnant l'action , le poids , le mouvement , Et prêtant son concours à ce fameux ouvrage. Se retint le pouvoir d'en suspendre l'usage ; Le feu ne peut brûler, l'air ne sauroit mouvoir. Ni l'eau ne peut couler qu'au gré de son pouvoir; Le fer, solide sang des veines de la terre , Et Êital instrument des fureurs de la guerre , S'émousse s'il l'ordonne, et ne peut pénétrer Où son pouvoir s'oppose et lui défend d'entrer. Si César m'est cruel, il me sera prospère; •' C'est lui que je soutiens, c'est en lui que j'espère; Par son soin tous les jours la rage des tjfrans . Croit f£Ûre des vaincus et fait des conquérans.
FLAVIE
Souvent en ces ardeurs la mort qu'on se propose Ne semblo qu'un ébat , qu'un souffle , qu'une rose;
54 SAINT GENESÎ,
Mais quand ee spectre affreux sous un front inhumaia^
Les tenailles, les feux, les haches à la main,
Commence à nous paroître et faire ses approdhes.
Pour ne s'effrayer pas il faut être des roches;
Et notre repentir, en cette occasion,
S'il n'est vain, pour le moins tourne à confusion.
ADRIEN
J'ai contre lès chrétiens servi long-temps vos haines^ Et j'appris leur constance en ordonnant leurs peines. Mais, avant que César ait prononcé l'arrêt Dont l'exécution me trouvera tout prêt, Souffrez que d'un adieu j'acquitte ma promesse A la chère moitié que Dieu veut que je laisse: Et que, pour dernier fruit de notre chaste amour. Je prenne congé d'elle en le prenant du jour.
FLAVIP.
Allons , la pitié m'oblige à te complaire ; Mais ce retardement aigrira sa colère.
ADRIEN
Le temps en sera court, devancez-moi d'un pas.
FLAVIE
Marchons , le zèle ardent qu'il porte à son trépas^ Nous est de sa personne une assez sûre garde.